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Article parue dans le BCR

Dick Rivers face à S. SCIBOZ

L’HOMME SANS AGE

(EMI-Mouche Records)

 

            Parfois la vie est coquine et elle nous réserve de bonnes surprises. Alors que tant de médias l’avaient ringardisé, cloué au pilori des loosers invétéré, enterré corps et âme dans l’abîme des vestiges du passé, Dick Rivers, par l’intermédiaire de son nouvel opus intitulé ‘L’homme sans âge’, est aujourd’hui adulé, respecté, vénéré par ces mêmes journalistes de l’intelligentsia médiatique, qui n’avaient cure de son parcours intègre, de son indéniable talent et de sa voix de velours hors du commun. Ecouter Dick Rivers, ça fait maintenant super branché, c’est dans le vent. Ils ont rangé les sourires narquois et autres envolées ironiques à l’égard de l’ex leader des Chats Sauvages, qu’ils considéraient à tort comme une relique surannée que l’on dépoussière de temps en temps pour des talk-shows pitoyables à l’inculture générale et musicale flagrante. Parfois même, ils poussent dorénavant la repentance d’être passé à côté de son œuvre durant plusieurs décennies, jusqu’à se flageller, non pas comme la scène culte du film de Jean-Jacques Annaud ‘Le nom de la rose’, mais intellectuellement (ça peut faire également très mal) et à se rabaisser à l’extrême en se qualifiant de ‘pauvre m….’ en cinq lettres relatives aux matières fécales !  Je vous le jure, je n’invente rien. Avec ce nouvel album, véritable chef-d’œuvre de ballades à connotation country et de mid-tempo, Dick a voulu balayer d’un revers de Perfecto, non pardon, d’un revers de manche tous ces clichés et autres stéréotypes nuisibles qui le caricaturent depuis des lustres, allant des santiags à la banane gominée, en passant par les juke-box vintages crachant un vieux classique d’Elvis Presley période bénie Sun Records, devant un parterre de teenagers et de babby doll en robe vichy, allumant leurs premières Lucky Strike. Qu’on se le dise, sans rien renier de ses racines rock and roll, de l’attitude sincère liée au rock and roll et du rêve américain qui l’accompagne depuis ses premiers miaulement twist, Dick ne dort pas dans une Cadillac Eldorado rose de 1957, ses W.C. ne sont pas tapissés à l’effigie des plus belle pin-up fifties du style Betty Page et il ne joue pas ‘The Star-Spangled’ tous les matins au réveil devant la bannière étoilée, avant de tremper ses croissants chauds dans un bol de Jack Daniel’s. Dick n’est pas que ça, Dick vaut beaucoup mieux que ça. Pour se faire, le parrain de Montmartre et des faubourgs du 18ème arrondissement s’est acoquiné, au hasard des Francofolies de la Rochelle et d’un standard de Johnny Cash, avec Joseph d’Anvers, jeune et talentueux auteur/compositeur, également remarqué par Alain Bashung. Il ne faut pas hésiter à entrer dans l’univers singulier de Joseph d’Anvers, au cœur de sa poésie sombre et crépusculaire et de ses mélodies obsédantes voire envoûtantes. Je sais, je sais, pour un fan de la première heure de l’interprète de ‘Maman n’aime pas ma musique’, cet album peut parfois dérouter, mais après quelques écoutes, on ne peut plus résister à ces douze titres qui composent ‘L’homme sans âge’. Douze titres de très haute volée, douze perles rares et fait exceptionnel dans un album, de même calibre car aucun d’entre eux ne se détache véritablement pour devenir single ou titre phare. Cet album résulte d’une alchimie magique, d’une osmose extraordinaire entre un écorché vif et un chanteur exceptionnel, que la passion et le goût de l’esthétisme artistique animent. C’est un album très homogène qui s’écoute comme on lit un bouquin ou bien comme on regarde un film, du prologue à l’épilogue. Des sujets poignants y sont abordés tels que : L’amour, la mort, la vieillesse, le papa de Dick, l’histoire d’une prostituée, la taule, les migrants qui aspirent à gagner l’horizon… Sans faire du Zola et sombrer dans le pathétisme le nez dans sa bière, je le répète, nous sommes bien loin des cartes postales du Tennessee, de l’atmosphère made in Golfe du Mexique d’Austin Texas, de l’américanisme exacerbé et des hamburgers avalés goulument dans un bouge de la route 66. Même si en tendant bien l’oreille, les sources musicales, les racines du rock, du blues et de la country music peuvent être perceptibles. Tous les titres sont boostés par la remarquable production de Kevin Bacon et Jonathan Quarmby (Finlay Quaye, Primal Scream entre autres…), enregistrés avec des musiciens de renommée internationale comme le guitariste Mark Sheridan (Richard Hawley) ou encore le batteur Larry Ciancia (Ray Lamontagne)… On peut quand même citer quelques titres particulièrement réussis tels que ‘Par-delà les plaines’ agrémenté de cordes exceptionnelles, ‘Sur le toit du monde’ avec un texte à donner le frisson et qui remue les tripes il m’en aura fallu des gens pour être seul, ‘Attache-moi’ formidable chanson d’amour qui n’a aucun rapport avec la culture bondage, ou encore ‘Lola (veut la lune)’ au rythme accrocheur qui titille les neurones. Quant à sa voix, sans vouloir extrapoler, Dick a atteint l’état de grâce et la sublimité. On reste scotchés sur son sofa, comme submergés par un déluge d’émotion et d’authenticité. Je vous en conjure, faites abstraction des idées reçues véhiculées par certains médias autant impliqués dans la musique qu’un conseiller financier à la Société Générale, prenez la peine d’écouter ‘L’homme sans âge’, prenez la peine d’écouter l’unique crooner français et si votre cœur palpite et que votre âme est touchée, c’est que Dick aura réussi son rêve et lorsqu’un rêveur transmet son utopie salvatrice, le pari est déjà gagné, ou presque…

                                                                                                                           SERGE SCIBOZ       

 

 

La derniére mise à jour de ce site date du 07/04/13

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