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Livre de Carine BERNARDI sur Francis CABREL

Un extrait du livre concernant Dick Rivers

.../.... Quant à l'inspiration musicale, elle lui a été insufflée par l'un des pionniers du rock'n'roll, Mister Crazy Legs, le tré-pidant Chuck Berry. Francis aime cette musique et pour preuve, en 1990, à la surprise générale, il s'offrira le luxe d'une mini-tournée d'un mois en duo avec son complice Dick Rivers pour le « Rock'n'roll show ». Ensemble, pour le plaisir, ils joueront les standards des débuts du rock'n'roll américain. Dick Rivers raconte l'histoire de cette aventure : « Avec M6 et RTL, nous avions fêté à l'Olympia les 25 ans des Beatles. Il y avait beaucoup de jeunes artistes et notamment Cabrel. C'était ses musiciens qui nous accompagnaient. J'étais très ami avec McCartney et John Lennon, je les ai connus personnellement, et lors de ce concert, j'ai chanté "Ticket to Ride", une chanson qui datait de l'époque où les Beatles faisaient de la scène. Le public m'a fait une ovation. Francis m'a dit : "J'étais derrière, j'ai reçu tous ces effluves, je me suis baigné de ton succès, pourquoi tu ne fais plus de scène ?" Je lui ai répondu que j'avais arrêté volontairement depuis 1976, et qu'à présent, c'était difficile de m'y remettre. Pendant les deux ou trois ans qui ont suivi cet événement, chaque fois qu'on se voyait à Astaffort, ou chez moi à Pompignan, il me reparlait de cette idée. Finalement, en 1989, nous nous sommes retrouvés sur une émission de Jean-Pierre Foucault. Il était sur la fin de la promotion de son album Sarbacane et moi je terminais la tournée "Lou Baker". Il est venu me retrouver dans ma loge et m'a proposé de partir avec lui faire du rock et du blues, il m'a dit qu'il s'occupait de tout. C'était début 1990. En été, nous nous sommes revus, nous avons chacun choisi la moitié des musiciens. Et puis on a commencé à répéter. En novembre, nous montions sur la scène du Bataclan, et après nous sommes partis pour un mois de tournée. Nous avions choisi un réper-toire constitué uniquement d'originaux en anglais, d'Elvis Presley, Chuck Berry, Sam Cooke, les Everly Brothers... Tous ceux que nous aimions, c'était en fait un tour de chant de fans. Le souvenir que j'en garde est à la fois bon et mauvais. Bon, sur le plan musical, mauvais, parce qu'il n'a jamais voulu que ce soit immortalisé. On aurait pu rester un an au Bataclan à Paris, parce que le bouche à oreille a très bien fonctionné, mais dès qu'il s'agissait de se produire dans des villes de taille moyenne, nous avions du mal à communiquer, car les gens n'avaient aucun support son, nous n'avions pas de disque. Il disait toujours : "Ceux qui ne sont pas venus, tant pis, ils n'avaient qu'à être là." Moi, je suis beaucoup plus arriviste, un événement comme ça, j'aurais aimé qu'il soit marqué dans le temps1. »

1. Chanson, n° 8, op. cit.

(Commentaire de Dick Rivers)

Notre première rencontre remonte à 1979, lorsqu'il a reçu le prix de la Sacem pour « Je l'aime à mourir ». À cette époque, quand il faisait des concerts, ses producteurs étaient obligés de mettre sur les affiches « Je l'aime à mourir » presque aussi gros que son nom, car les gens identifiaient la chanson, mais pas encore le bonhomme.

En réalité, je le connaissais déjà à travers Richard et Daniel Seff, qui avaient été les instigateurs de son succès, surtout Richard. Il faut expliquer que le Sud-Ouest est vraiment ma région d'adoption, puisque ma femme est de Toulouse. J'ai donc connu très tôt toute la faune des Toulousains célèbres.

En 1990, à son initiative, nous avons fait ensemble le « Rock'n'roll show ». J'ai pu apprécier ses qualités de chanteur de blues, de rock et constater qu'il était également un excellent musicien, un grand guitariste. Il faut savoir qu'il a commencé sa carrière en chantant dans des orchestres de bals. Comme tous les musiciens qui ont ce type d'expérience, il a une énorme culture rock blues. C'est l'un des plus grands fans de James Taylor et de Bob Dylan que je connaisse, et puis il adore Chuck Berry.

Il faut comprendre une chose, à partir du moment où il a débuté dans ce métier, il n'a jamais rencontré aucune diffi-culté. Un jour, il a fait une maquette qu'il a donnée à Richard Seff, un an plus tard Richard l'a rappelé pour lui dire que CBS voulait le signer. Son premier album a peu marché, mais tout de suite après il a connu le succès avec « Je l'aime à mourir ». C'est quelqu'un qui ne connaît pas la galère, il a un état d'esprit de gagnant. C'est un enfant gâté du showbiz, un peu comme Goldman.

Tout ce qu'il touche se transforme en or. Par exemple, il voulait absolument que Mariette, sa femme, s'installe à Astaf-fort, parce qu'il n'aime pas vivre à Paris. Il lui a donc monté une boutique de décoration à Agen, qui a un succès fou ! Il a également acheté pour son beau-frère un petit bar-tabac-hôtel

dans le village d'Astaffort, et là encore l'affaire s'est magnifi-quement développée. C'est vraiment un homme béni des dieux !

Avant de partir s'installer au Canada, Daniel Seff m'a raconté une anecdote à ce sujet. Il a dit un jour à Cabrel : « II a fallu que tu produises mon album, pour perdre enfin un peu d'argent '. »

Francis ne s'investit que sur ce qui marche. Il est assez instinctif et capricieux.

Le problème, c'est qu'il produit un album, mais au moment où il doit engager son image, pour soutenir l'artiste, il ne le fait pas. Il ne veut pas faire d'effort, c'est peut-être de la timi-dité, de l'humilité, je ne sais pas. Pour le « Rock'n'roll show », il a agi de la même façon en refusant que l'événement soit immortalisé sur un support. Il ne veut pas être l'instrument d'une vente commerciale sur son nom, sur quelque chose qui lui ressemble mais ne correspond pas à ce qu'il fait dans la musique populaire. Il pense à sa notoriété.

Je regrette qu'il n'aille pas au bout de ce qu'il entreprend en marge de sa carrière personnelle. En définitive, il le fait pour s'amuser entre deux albums, c'est un peu à part.

L'homme est toujours sur la réserve, c'est un de ses rares défauts. Lorsqu'il fait un pas en avant, il en fait deux ou trois en arrière. Il se comporte un peu comme un enfant gâté, quand il t'appelle c'est qu'il a envie de quelque chose ; à l'inverse, si c'est toi qui l'appelles pour lui faire une proposi-tion qui ne le tente pas trop, il se dérobe.

Par ailleurs, il se montre très disponible et très agréable. Il m'a écrit deux chansons pour mon prochain album.

Dans le privé, il a beaucoup d'humour, c'est un pince-sans-rire vraiment très marrant.

En ce moment il fait son propre vin ; dans sa vie, il a un côté très country qu'il ignore. Pour moi, il est l'artiste français dont les textes sont les plus représentatifs de la musique coun-try américaine. Cette musique est très populaire aux États-Unis, parce qu'elle parle de la vie de tous les jours. Je considère « C'est écrit » comme une chanson country. Il y a plein de chansons de lui que j'aurais aimé chanter,

« Je l'aime à mourir », par exemple, c'est une chanson sublime, également très country. Je lui avais trouvé des auteurs à Nashville qui souhaitaient la chanter, mais il a refusé leur adaptation anglaise. J'adore également « La corrida ».

Je pense que ce qui plaît au public, c'est sa simplicité et surtout ses mots. Il a une écriture unique, à la fois élégante et populaire. C'est un poète du xxe et du xxf siècle. Le message que je souhaite lui transmettre c'est : Francis, je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai toujours...

 

 

 

 

La derniére mise à jour de ce site date du 15/08/12

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