Préface de DICK RIVERS

 

Pourquoi ai-je décidé de quitter ma planète ion pour aller faire un tour du côté du cercle des rockers disparus ?

John Lennon m’apostrophe le premier ; « Oh ! Dick Rivèrssse… comment va depuis Granada TV à Manchester ? Toi qui connais Macca - Paul McCartney -  dis-lui que j’ai reformé un super band avec, bien évidemment, George Harrison et Stuart Sutcliffe mais aussi les deux Small Faces Ronnie Lane et Steve Marriott. Imagine, on se prend pas la tête mais la concurrence est rude car Jimi Hendrix a débauché Brian Jones et – devine qui ? – Keith Moon et John Entwistle ! » Je suis éberlué…

Elvis me salue à son tour : «  Hey Vince Everett ! ». Je m’empresse de rétorquer : « Non, Vince Everett c’est Jailhouse Rock, moi c’est Deke Rivers ! ». Dubitatif, Elvis fronce les sourcils. Je précise : « C’était dans Loving you ». « Ok ok… je te remets… Las Vegas.. saison 70 ? Je ne te présente pas Dusty, elle porte toujours sa coiffure choucroute et je l’aime » … Sur ce, le king esquisse un pas de rock’n’roll évitant soigneusement la pièce montée de Dusty Springfield qui lui susure « You don’t have to say you love me »

Je fais trois pas de plus - Three Steps To heaven  - dans ce paradis illusoire et tombe sur Eddie Cochran qui m’indique mon chemin cependant que dans ma tête cogne « Summertime Blues ».

J’éprouve un peu de peine à briser le cercle autour de Hank Williams, assis en tailleur, une guitare destroy posée sur les genoux. Pour « I saw the light », il est vampirisé par Gram Parsons et Gene Clark qui font les chœurs, enveloppant la voix écorchée et plaintive du maigrichon au costard beurre frais et aux bottes éculées . Je lui fais un clin d’œil, lui soufflant « You win again » quand un géant au cache poussière noir les rejoint. Le cercle de nos rockers disparus s’enflamme et la voix caverneuse et familière entonne « Ring of Fire ». Johnny Cash semble las et fatigué, les cheveux gris épars mais je ne regrette pas d’être venu. Au cours de cette errance jubilatoire, je suis happé par la musique du diable de Robert Johnson et de John Lee Hooker. Diantre ! Le diable aurait-il droit de cité au paradis ? Au détour des notes fulgurantes de « Me and the Devil Blues » ou de « Boogie Chillen », je reconnais à leurs côtés cet espiègle rouquin irlandais Rory Gallagher, l’imposant Bob Hite et son acolyte Henry Vestine et la longue chevelure de Duane Allman qui, tout comme Sonny Bono, me demandent des nouvelles de Cher. Un peu plus loin, tandis que Carl et Dennis Wilson aident Mama Cass à poursuivre son rêve californien, Gene Vincent et Jim Morrison, fauves écorchés, tout de cuir noir vêtus, se partagent les faveurs de Janis Joplin, seins nus, qui éructe quelques feulements de Satisfaction. Gene me confie qu’elle le prend pour Bobby Mc Gee et que ça l’arrange bien. Je referme les portes derrière eux.

Je me dois de rendre visite à Rick Nelson, Bobby Darin, Ritchie Valens et Roy Orbison qui jamment comme des malades sur « What’d I Say », « Donna »,  et autres « Pretty Woman » quand débarque Buddy Holly qui, soulevant ses grosses lunettes d’écaille, me congratule pour mes vacances à Austin en son honneur… je suis soudain Gatsby le magnifique ! Décidement, tout ce petit monde se sent bien, serait-ce grâce au Dr Feelgood, Lee Brilleaux, qui feint en ma présence d’ignorer Robert Palmer qui lui hurle « Doctor, doctor… no pills gonna cure my ill », pour m’indiquer que mon vieux copain Nino Ferrer est plus au Sud dans sa Maison près de la fontaine ? Lui qui voulait être noir, il se venge gravement en hébergeant Sam Cooke, Ray Charles, Otis Redding, Wilson Pickett, Dave Porter de Sam&Dave, Bob Marley et Marvin Gaye. Je n’en reviens pas ! Is This Love ?  J’ai presque envie de rester mais l’heure n’est plus à la gamberge, c’est Marc Police des Wempas qui me fournit l’échappatoire, il me félicite de ma prestation avec son ex-combo. Il dit qu’il aime ma musique et que je dois continuer mon Rock’n’Slow.

 

La dernière mise à jour de cette page date du 11/02/14

Dick Rivers