BIOGRAPHIE DICK RIVERS (2014)

Par serge Sciboz

Dick Rivers est sans conteste l’un des artistes les plus énigmatiques de notre patrimoine musical et culturel.
 
En effet, comment un chanteur, bien que très populaire, peut-il véhiculer autant de fantasmes et engendrer une fascination sans borne et un profond respect de la part du public, sans pour autant être le roi du tube cathodique, ni le mentor de la presse people…

Car avec lui, point de comptes en Suisse et encore moins de cadavre dans le placard. Dick, c’est avant tout une voix et quelle voix ! Non pas celle du stentor de la mythologie grecque qui faisaient saigner les tympans des armées lors de la guerre de Troie, mais plutôt une voix de baryton agrémentée de volutes de fumée, qui tel un grand cru classé s’est bonifiée avec le temps.

Dick chante avec la précision d’un Stradivarius et utilise avec allégresse, son organe vocal hors du commun, comme un véritable et noble instrument. Comme le faisaient jadis ses pairs, Elvis Presley, Gene Vincent, Eddie Cochran ou encore Johnny Cash période American Recordings et les fameuses productions de Rick Rubin.

Avec un tel potentiel, il peut se permettre de chanter du rock and roll, du blues ancestral façon Delta du Mississippi, de la country music, des ballades poignantes ou de la chanson française estampillée de qualité supérieure. De sa voix suave et sensuelle de chat, plus sauvage que jamais, Dick pourrait aisément chanter l’annuaire téléphonique ou le menu du Plaza Athénée et les (nous) faire vibrer.

Ainsi, en 1991, il a adapté avec brio l’œuvre considérable de Buddy Holly, dans la langue de Molière et de Shakespeare. Belle prouesse pour Dick alors que cet exercice n’était vraiment pas une sinécure, car moult de ses collègues, mais néanmoins amis, s’étaient cassés les dents en s’attaquant à ce monument du rock and roll made in Lubbock Texas.

Même si c’est une lapalissade, Dick Rivers a commencé sa carrière à l’aube des sixties et ses premiers miaulements twist ont retenti au sein d’un groupe qui venait de la french riviera et qui n’avait nullement l’intention de se laisser apprivoiser par l’establishment parisien, entre utopie collective, folie communicative et dandysme sous-jacent. Il devint alors l’un des acteurs principaux de cette déferlante de rythmes venue d’outre-Atlantique et de cette révolution sociale et culturelle, que les observateurs appelaient rock and roll et à qui ils prédisaient un avenir aussi éphémère qu’incertain. Toute cette génération revisitait ’La Fureur de Vivre’ en technicolor, avec des James Dean et des Natalie Wood à chaque surprise-partie.

Hélas pour ces Nostradamus en herbe et autres sociologues aux analyses hasardeuses, plus de 50 ans plus tard, le rock ’n’ roll se porte à merveille et Dick Rivers prêche toujours et inlassablement la bonne parole de la musique authentique et sincère, gorgée de feeling et de passion. Il a traversé plus de 5 décennies aux commandes d’un vaisseau spatial imaginaire, sans jamais dévier de sa trajectoire initiale, pour à l’instar de petits opportunistes, aller flirter avec les sirènes d’un certain système qui lui faisaient pourtant miroiter monts et merveilles.
Non, sa feuille de route était toute tracée, c’était la musique sans faire de concession aux modes du moment, tout en restant intègre et droit dans ses bottes de chez Paul Bond… Et pas question pour lui d’y déroger. Impossible d’emprunter un autre itinéraire, épine dorsale de sa propre histoire, semblable à une seconde route 66 avec ses fantômes, son folklore et ses mythes. Contre vents et marées, avec des hauts mais aussi parfois quelques bas, Dick s’est forgé une force de caractère et une conviction inébranlables, aux antipodes des esprits mercantiles. Mais attention, l’intégrité tous azimuts n’est pas synonyme de passéisme et la nostalgie larmoyante, voire surannée, n’est pas la marque de fabrique de la maison Rivers. Notre héros n’a jamais regardé dans le rétroviseur et il a toujours été avant-gardiste, bien plus que certains de ses contemporains. Même si certains médias sont frappés d’une soudaine amnésie, il a été le premier à sortir Coluche du café théâtre pour lui mettre le pied à l‘étrier sur une grande scène de music-hall (Olympia), il a imposé Gérard Manset alors simple météorite tombée d’une autre planète en 68 pour l’album culte ‘L’Interrogation’, il a appris les ficelles du métier à un fan de la première heure nommé Bashung, bien avant ’Gaby Oh ! Gaby‘ et le star-système qui en découla…
Sa longue carrière est l’archétype de perpétuelles recherches et de nouveaux horizons artistiques. Elle est jonchée d’heureuses et
symboliques rencontres et autres complicités de haute lignée :


Des guitaristes exceptionnels comme notamment Albert Lee, Steve Cropper, James Burton, Mick Taylor, Jimmy Page, Chris Spedding, Charlie Sexton, François Bodin, Oli le Baron et bien d’autres…

Des rencontres improbables John Lennon et Paul McCartney, Elvis Presley, Gene Vincent, Brian Jones, Piaf, Brassens…

Des auteurs-compositeurs et autres producteurs de renom comme Alain Bashung, Serge Koolenn, Christian Ravasco, Patrick Coutin     notamment pour l‘album ’Plein Soleil‘ de 1995 que beaucoup considèrent comme l’un des meilleurs albums de country-rock    français et qui fut le fer de lance du come-back scénique à Bobino, André Manoukian, Philippe Labro, M, Benjamin Biolay, Mickey 3D, Joseph d’Anvers, Jean Fauque, Oli le Baron…

Des studios légendaires comme ceux de Muscleshoals Alabama, Abbey Road à Londres, Bogalusa Louisiane, Austin Texas…

Des joutes monumentales avec les meilleurs musiciens d’Austin au Continental Club, qui certains soirs de pleine lune, suintait l’odeur de souffre et les vapeurs de whiskey, propre au véritable rock and roll et à la musique du Diable.

Sans oublier d’autres tournées triomphales au Canada (Québec), avec entre autres Paul Daraiche et Nanette Workman…où Dick parallèlement à la France, y réalise une seconde et prolifique carrière.

 En 2011, Dick fête dignement ses 50 ans de carrière avec la sortie simultanée de l’album Mister D, au son très roots, qui transpire les bayous et les grands espaces poussiéreux du Golfe du Mexique, un album unanimement salué par la critique et la presse la plus branchée, et d’un livre d’entretiens dénué de langue de bois, réalisé avec la complicité de son ami Sam Bernett. Ces deux productions furent suivies d’une grande tournée qui le conduira du Casino de Paris à l’Olympia, en passant par le cirque Royal de Bruxelles et autres festivals importants de musiques américaines.

En 2012, Dick rejoint le label Verycords et le premier CD+DVD live de sa carrière sont enfin disponibles dans les bacs pour la plus grande joie de ses nombreux fans qui piaffaient d’impatience. ‘Gran’ Tour’ (live à l’Olympia), enregistré avec un combo de desperados du rock and roll, emmené par le charismatique Oli le Baron en qualité de maître d‘œuvre. Aujourd’hui, après plus de 35 albums, des centaines d’enregistrements et de succès intemporels, et toujours animé d’une sempiternelle remise en question quotidienne, Dick Rivers nous revient avec un nouvel opus qui oscille entre variété et rock and roll. A n’en pas douter, c’est un album qui fera date au sein de son imposante discographie et qui sera à jamais gravé dans le marbre de sa longévité.

Pour le réaliser, Dick s’est entouré une nouvelle fois d’Oli le Baron, multi-instrumentiste de génie, ex membre du groupe de rock garage Ici Paris et ex complice de Jean-Louis Aubert et de Raphaël, et a retrouvé son vieil ami Francis Cabrel pour deux titres, ainsi que le fidèle Joseph d‘Anvers, l’audacieux instigateur de l’album ’L‘Homme Sans Âge’. D’autres surprises sont également au rendez-vous, comme notamment des titres de Daniel Lanois, Georges Moustaki, une reprise de Bob Dylan intitulée ‘Make You Feel My Love’ et une du songwriter irlandais Hudson Taylor intitulée ‘Battles‘, titre phare de l’album sous le titre ‘Pas de Vainqueur‘.

 Comme à l’accoutumée, Dick Rivers a donné le meilleur de lui-même pour vous satisfaire et son immense talent associé à sa culture musicale débordante ont fait le reste… Une œuvre diamétralement opposée à la plupart des productions actuelles, aseptisées et sans âme, avec toujours les incontournables racines rock et blues chères à Dick en ligne de mire, sans pour autant faire un énième remake d’’American Graffiti’ de George Lucas, mais en conjuguant sa musique au présent et surtout au futur. A l’ère des rock-stars aigries, bodybuildées, liposucées, névrosées ou en manque évident d’inspiration, il est réconfortant d’avoir en France, un artiste de la trempe de Dick, car pour lui, malgré le temps qui passe, la musique demeure son unique leitmotiv, son Graceland en quelque sorte et l’étincelle dans son regard scintille toujours de mille feux, comme à ses 15 ans, époque de ses premiers blue-jeans, de ses premiers balbutiements rock avec ’Heartbreak Hotel‘ d‘Elvis, qui était en réalité un blues dans la plus pure tradition. Et lorsqu’un grand rêveur réalise encore et toujours ses rêves, le pari est déjà gagné. Ou presque…

Que la légende perdure encore très longtemps pour ce lonesome cowboy à la fois inoxydable et précieux, le plus doué de sa génération, l’un des derniers francs-tireurs. Fluctuat Nec Mergitur !

 

La dernière mise à jour de cette page date du 15/01/15

Dick Rivers