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Dick Rivers : la voix qui vient de loin

Dick Rivers :  la voix qui vient de loin

Nez busqué, menton en galoche, cheveux noir bleuté gominés, accent rural sud-américain : le talentueux Mister D tient toujours la route 06. Et pour cause, le Niçois n’a jamais retourné sa veste en cuir. De retour avec un nouvel album, il prouve, à cet effet, qu’il a toujours la banane. Dick Rivers ouvre les portes de son saloon.

«Je ne me suis jamais sacrifié à la mode », lance d’emblée le plus vintage des rockeurs contemporains au sujet de «Mister D », son tout dernier opus.

« Ce qui fait que je n’ai jamais aussi bien chanté », ajoute-t-il d’un ton décontracté qui n’est pas sans rappeler le légendaire stoïcisme de Johnny Cash. L’attitude et les gestes ritualisés, l’artiste au look de « loubard » des années twist part ensuite bille en tête dès lors qu’on lui parle musique : « Cela fait 50 ans que je chante, que je vis ma vie, la vie que j'invente ». A l’automne, Hervé Forneri plus connu sous le nom de Dick Rivers, sera d’ailleurs «On the road again » à travers toute la France. Rien d’étonnant de la part de ce vassal du rock’n’roll made in America. Lequel a choisi d’orienter son art vers un perpétuel hommage liturgique à son sempiternel modèle : Elvis Presley. « Les années 60, c’est hier. Je respire encore leur poussière », synthétise l’interprète. C’est là une vision qui lui réussit visiblement.

Pour preuve, cela fait déjà un demi-siècle qu’il ère dans les plaines du show business, fier et solitaire. Avec 16 titres supplémentaires enregistrés au juke-box, le rockeur aux yeux de cocker prouve qu’il ne s’est jamais senti aussi bien dans ses santiags estampillées « DR ». Que ceux qui l’accusent d’avoir rayé son disque se ravisent : « Au sens musical du terme, mon dernier album est d’une énorme actualité», lance-t-il tout en rappelant avoir récemment collaboré avec de jeunes surfeurs de la nouvelle vague rock comme Benjamin Biolay ou encore les BB Brunes. A ce sujet, il faut dire que Dick Rivers n’a, de toute façon, jamais été dans le creux de la vague.

La bande à l’envers

« Ma vie, je l’ai apprise à l’envers », résume, d’une voix rauque, l’autoproclamé «l'homme sans âge », né le 29 avril 1946 à Nice. Un comble pour un artiste dont le nom de scène pourrait justement signifier « opposé ». « Et pour cause, je n’ai pas eu d’adolescence. Je suis vite passé de faire du vélo à Nice à conduire une Cadillac à Paris ». Avec son groupe Les Chats Sauvages, il se fait ainsi, et cela dès 15 ans, l’un des ambassadeurs du rock en France, au même titre qu’Eddy Mitchell et Johnny Hallyday. De fait, Dick Rivers n’a jamais vraiment eu le blues. « C’était encore l’époque du rêve américain et de sa ruée vers l’or. La France était en reconstruction. Les gens étaient presque heureux. Tout était encore possible », raconte ce fana de «l’american way of life ». En accélérant sans frein, il partira alors vers un road trip sans fin qui le conduira vers le Nouveau Monde, tant sublimé.

En réponse à ceux qui l’accusent de mener un train de vie calqué sur les Etats-Unis des années 50, le Niçois remet les poings américains sur les « i » : « Qu’on se le dise : mes influences rock, je ne les ai volées à personne. Car aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours bénéficié d’une double culture ». A ce propos, il rappelle qu’entre 1945 et 1966, la rade de Villefranche-sur-Mer était encore l’unique port d’attache de la sixième flotte de l’US Navy. « Du coup, cela ne manquait pas de Ricains dans les rues. Il y en avait partout ». C’est le coup de foudre. Dick Rivers est aussitôt fasciné par cet univers « Coca-Cola, chewing-gum et Cadillac ». Pour lui, c’est une seconde naissance.

« En côtoyant ces militaires, j’avais eu la chance de découvrir la civilisation d’outre-Atlantique avant tout le reste des Français », souligne-t-il. Une aubaine pour ce fan de Western qui aspirait un jour à devenir cowboy. « Et c’est justement en écumant les bars à leurs côtés que j’ai découvert, un beau jour, le rock n’roll ! », dit-il.

« Enfant, ils m’ont offert mes premiers bonbons. Adolescent, ils m’ont ensuite offert mes premières clopes. Et en plus de m’avoir transmis le virus du rock, ils ont, de surcroît, fait de moi un excellent élève en cours d’anglais », se remémore cet ancien enfant de chœur de l’école privée catholique, Sasserno. « A cette époque, les curés étaient encore chargés de notre éducation. Filles et garçons y étaient séparés. Ce n’était pas une période très rock n’roll », confesse celui qui avait pour ordre de ne pas faire de boogie woogie avant de faire ses prières du soir. « J’ai d’ailleurs appris qu’on y a donné mon nom à une salle de classe », lâche-t-il d’une fierté sans pareille.

« Je suis hyper français »

L’accuser de souffrir du complexe du corn-flakes le fait donc doucement rire : « Je suis hyper français », gronde-t-il. « Pour information, les Forneri servaient sous le drapeau français pendant la guerre. Je ne partirai vivre aux Etats-Unis pour rien au monde », jure-t-il tout expliquant qu’ils ne correspondent pas aux images d’Epinal d’antan. Les chaînes de fast-foods se sont trop massifiées à son goût.

Il pointe, à ce sujet, un paradoxe flagrant : celui qui veut l’Europe s’américanise tandis que l’Amérique, elle, s’européanise. De fait, le rêve s’est, selon lui, envolé puis déchu. « Mon pays à moi, c’est la France ! Et contrairement à d’autres artistes, je suis fier d’y payer mes impôts ». Voilà qui est dit ! Au fil des âges, il explique redevenir Hervé Forneri, le fils du boucher d’origine italienne d’une venelle de la vieille ville. Perché du haut de la capitale, endroit où il se contraint de vivre pour les besoins de sa carrière, il va de soi qu’il n’a donc jamais oublié son berceau natal : Nice et sa « Baie des Anges », titre phare écrit par Didier Barbelivien et qui a largement contribué à son succès.

Du cocon familial niché au 13 avenue de la République, l’ancien « chat sauvage » devenu « panthère » n’a rien oublié. «A l’occasion de la sortie de mon tout premier CD, le 4 avril 1961, il faut dire que j’ai créé un personnage de toutes pièces », indique-t-il en expliquant avoir été investi d’un nouvel esprit. « Mais depuis la mort de mon père en 1982, j’ai émis mes distances avec lui pour me rapprocher de l’homme que j’étais bien avant que s’enclenchent les roues du destin ». Dick Rivers prouve, à cet effet, qu’il sait toujours parler le « nissart ».

Et c’est donc naturellement qu’il admet bondir dès lors qu’il croit en reconnaître l’accent. Pour preuve : plutôt que de s’attarder à évoquer ses amitiés avec les Beatles (NDLR : en 1965, il est intronisé à la télévision britannique dans leur émission « The music of Lennon & Mc Cartney ») et sa rencontre improbable avec Elvis Presley en 1969, il préfère couvrir de louanges la socca du restaurant traditionnel niçois, « Chez Pipo », qu’il estime être « la meilleure au monde ». « J’ai une partie de Nice en moi, c’est indéniable. Mais j’y reviens trop peu à mon goût ». Pour pallier au mal du pays, il dit avoir trouvé en sa femme une excellente cuisinière, digne héritière de sa mamma et de ses recettes comme les raviolis à la daube. « C’est normal, vous comprenez… Je suis un pur-sang niçois doublé d’un véritable conservateur », argumente ce dernier. Mais l’éthnocentrisme a ses limites.

A l’ombre du show business

Malgré son parcours atypique, l’homme se buterait aujourd’hui, selon ses dires, au mépris et à l’hostilité d’une caste médiatique qui le tiendrait volontairement à l’écart des plateaux de télé. Une sorte d’oligarchie dont ferait d’ailleurs partie Catherine Barma, Niçoise et directrice générale des programmes de la société de productions « Tout sur l’écran ». Laquelle rechigne à l’inviter dans son émission «On n’est pas couché », sur France 2. « Nul n’est prophète dans son pays », relativise Mister D. « J’en conclu qu’elle ne m’aime pas beaucoup ». Au-delà de cela, il peste contre ce qu’il trouve être « un sérieux manque de professionnalisme». Son complice, l’animateur Laurent Ruquier, n’échappe pas non plus au carton : « Lui ne me considère pas non plus. Au micro d’Europe 1, il est même allé jusqu’à dire que je n’étais qu’une escroquerie », s’indigne ce dernier. « Mais pour moi, Ruquier, c’est surtout un mec qui n’a aucune culture musicale ».

Même effet larsen du côté de Michel Drucker. « Il ne m’a plus invité dans ses émissions depuis 1975. Je n’ai jamais su pourquoi. Mais une chose est sûre : pour moi il ne fait pas son boulot. Une partie de son public est aussi le mien. Mais ça, il feint de l’ignorer », grommelle le rockeur. « Il n’est, de toute façon, qu’un bon copain du dimanche qui nous accompagnent pendant la digestion», balance-t-il tout en soufflant dans le canon. « De toute façon, j’ai fait mon trou. J’en ai rien à foutre (sic) », tempère-t-il. « Je suis un vrai Niçois. Quand on me chasse par la porte, je reviens par la fenêtre ». Si tout était à refaire, Hervé Forneri assume : Dick Rivers le referait.

Olivier Porri-Santoro

 

 

La derniére mise à jour de ce site date du 09/12/11

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