DICK RIVERS

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ODE à DICK

Viens de retrouver ça en faisant le ménage sur mon disque dur de macbook.

il y a six ans, un gars m'avait demandé une préface pour un livre qu'il écrivait sur, 'tention, brace yourselves, drumroll: Dick Rivers! Si!

allez savoir pourquoi, le livre n'est jamais sorti.

mais moi, j'avais torché la préface.

que voici:

Car à la fin du jour, quand tout a été dit, quand la poussière retombe, l’homme de goût aime Dick Rivers. En connaissance de cause, fort de savoir trois choses :
1°) Dick Rivers est un pseudonyme.
2°) Dick Rivers n’a pas seize ans quand il enregistre et publie son premier disque à succès.
3°) Dick Rivers n’a jamais été invité à Vivement Dimanche, l’émission dominicale de Michel Drucker.

Explicitons.

1°) Dick Rivers est un pseudonyme.
En l’occurrence et à l’orthographe près, « Dick Rivers » découle d’un personnage qu’incarne Elvis Presley dans un de ses films, adopté comme nom de scène par le jeune Hervé Forneri, convaincu, à tort ou à raison, que ça sonnerait plus rock que Hervé Forneri.
Dick Rivers, donc.
Et du même coup, d’emblée, sinon tout, du moins tant, est annoncé et joué, déjà, par et dans ce surnom à valeur programmatique :
D’abord, et c’est bien le but, l’affichage décomplexé d’un patronage elvisséen fondateur (« Dick Rivers » : presque l’un des noms d’Elvis, pour se voir dans ses rêves en quasiment Presley). En même temps que la revendication d’un positionnement haut de gamme, car, Dick Rivers, le clin d’œil est érudit et l’allusion finaude, ne s’en avisera pas n’importe qui ! Bienvenue aux initiés. Dès le début, main tendue aux exigeants, aux spécialistes.
Cette enseigne « presque Presley » français, le franchisé s’efforce depuis cinquante ans d’en honorer les clauses et les obligations. Comme de juste pour un affilié Dixie, ça chante, pas de souci. Dick est un vocaliste comme on n’en compte pas non plus des wagonnées ici. Et, l’un dans l’autre, tout du long, s’affirme et se maintient un goût sûr, qu’il s’agisse de musiciens ou de répertoire, adossé à une fine connaissance de la musique anglo-saxonne, ricaine tout particulièrement.
Mais tout autant, consubstanciel à l’anglicité de l’alias du fan-émule, dès le nom, on assiste aussi à l’aveu d’un reniement, à l’officialisation irrévocable d’une allégeance à plus grand que soi.
Car à ce jour, et quelque régionalisme pan bagnat/baie des anges ça et là saupoudré comme par acquit de conscience, l’œuvre procède de la célébration/transposition/stylisation — le plus souvent habile, mais ce n’est pas le problème — d’idiomes et de mythologies venus d’ailleurs : vitraux américains, intacts ou détournés, images pieuses, gonflées d’une vérité et d’un pouvoir qui vont bien au delà de leurs chromes et néons. Dick, antenne consulaire. Concessionnaire officiel et importateur homologué. Propagateur, prédicateur — humble, en réalité et en dernière instance. Agent de l’étranger. Au service de sa majesté le rock.
Au risque d’être raillé, d’ailleurs, comme souvent les zélotes, les témoins de Jéhovah et les Krishnas pieds nus. Au fil des ans, Dick et son passeport US en chocolat trouvé dans une pochette surprise auront pris cher ! Réduit, souvent, à un cow boy de foire et d’opérette, donc pas si loin du clown dans l’ordre protocolaire. Clone mytho qui se la pète texan toc. A jamais à la traine et décalé horaire. Contrefaçon, faute de mieux. Etc.
Las. Les crapauds aboient, mais leur bave n’atteint pas…
Force vocale tranquille, V8 sous le larynx, Dick persiste, Dick assure. Dick assume. Bipolaire culturel, binational pour rire. Et honni soit qui Malibu.
Et ce, mesdames messieurs, depuis un demi siècle !
Oui car, figurez vous…

2°) Dick Rivers n’avait pas seize ans lorsqu’il connut son premier succès.
Hervé Forneri est né en 1946. En 1961, Dick Rivers enregistre son premier disque avec les Chats Sauvages. Plus deux, je retiens un, saurez vous deviner l’âge du capitaine ?
Mais gare ! Précocité piégée, développement arrêté. Entré tôt, par Dick interposé, dans la carrière et le vedettariat, Hervé passe, direct, pour toujours, de l’adolescence à pire : la célébrité — donc à l’infantilisme pervers et polymorphe, au narcissisme absous et à l’assistanat déresponsabilisé. Syndrome mille fois croisé, l’enfant (ou l’ado) star, grandi trop vite ou, in fine, pas assez. Cramé à vie ensuite. « L’homme sans âge » ? Bien vu. Stade suprême, but ultime du rock : l’éternelle jeunesse. L’inconséquence à vie. Forever young. Et, partant, forever dumb (and full of cum) !
Dans la pratique, cette jouvence à jamais profite à Dick, l’artiste, autant qu’elle aggrave les façons d’Hervé le carriéreux.
Chez Dick, donc, cette enfance ad vitam préserve une innocence précieuse, une capacité d’enthousiasme quasiment prépubère, deux conditions qui expliquent ses quelques moments de grâce, son aptitude ponctuelle au vrai, au pur premier degré. Très ricain, pour le coup, dans ce qu’ils savent avoir de meilleur (quand on dit, « les américains sont de grands enfants ». Ben voilà : Dick itou).
Ainsi va-t-il du versant éclairé.
Côté obscur, il est vrai, Hervé est très enfant aussi, mais lui sur le mode insupportable. Moutard pénible, envieux, jalmince des jouets des autres (ceux d’Eddy et Johnny, au premier chef), toujours à vouloir plus, à comparer les tailles, les prix, les étiquettes. Américain, aussi, quand on y pense, dans sa façon de ne jamais accepter non comme une réponse, de n’avoir ni honte ni pudeur et de toujours revenir pilonner, réclamer, harceler, quémander, exiger.
Et tandis que Dick chante de sa belle et grosse voix, Hervé brasse en coulisse. Hervé rêve d’honneurs, veut le beurre (le respect des rockers, la connivence Canal + « historique ») mais aussi tout le reste : l’argent du beurre, l’amour de la crémière, des prix chez le crémier et aller chez Drucker ! Chat botté tout entier engagé à promouvoir son maitre, Dick le marquis de Carabas, toutes les grimaces et simagrées lui sont bonnes.
Tantôt brutal et cash comme un feuje de Brooklyn déloc’ à Hollywood. D’autres fois, florentin (Forneri !) dans sa science très retorse des ascenseurs et renvois afférents, cartographe des services, scrutant l’organigramme des chaines et des radios leader, ourdissant, persuadé qu’ils sont siouxes, des stratagèmes, tous à deux balles et quatorze bandes, pour être invité chez Drucker — l’« invite chez Drucker », baleine blanche, avec le temps, symbole, métonymie de la gloire, des égards et statuts dont il, Hervé, juge Dick spolié.
Oui car, voilà, qu’on se le dise,

3°) Dick Rivers n’a jamais été invité à Vivement Dimanche, l’émission dominicale de Michel Drucker.
Mais qui, en fin de compte, n’a jamais été invité par Drucker chez Drucker ? Dick, l’artiste apprécié des Français depuis plus de cinquante ans, très honorable (en dépit qu’il en a) médaille de bronze à vie du rockaillon franchouille (troisième marche, certes, mais parcours digne, sans période Jésus, Hamlet, Mad Max ou stéroïdes, si l’on suit mon regard) ? Est-ce Dick, donc, le tricard ? Ou est-ce Hervé, l’immarcescible attaché de presse sauvage, le self promoteur usant ?
On se gardera bien de répondre à la place de l’animateur le plus puissant de France.
Mais une chose est sûre, dans l’affaire « pas Drucker », c’est Hervé qui enrage. Hervé dont ça ébarbe l’anus au robot Moulinex. C’est Hervé qui aimerait pérorer, se souvenir et se faire spit-polish les tiagues pendant tout un dimanche, rire fort des blagues d’Anne Roumanof sur le canapé rouge et se lever pour embrasser Laurent Gerra, comme de juste entre membres de la grande famille show biz et music hall. Ça, toute cette comédie, c’est Hervé qui en crève d’envie.
Au point de publier sous le nom de Dick Mister D, livre d’entretiens, uniquement pour dire ça et dont on ne retient que ça : Dick Rivers n’a jamais été invité par Drucker chez Drucker.
Ça, que Dick n’ait jamais été invité principal sur le canapé rouge, Hervé, ça lui rabote l’urètre.
Parce que Dick, lui, non.
Dick, lui, tel qu’on aime se l’imaginer, s’en branle pas mal de ne pas être invité chez Drucker. Limite, Dick serait flatté de ne pas être invité chez Drucker.
Parce que, savez quoi ? Si Dick devait un jour aller chez Drucker, ce serait avec Lembrouille, tout péter à la chaine de Malag’, faire du destroy, et envoyer le bois sur une version ta race de « Maman n’aime pas ma musique ». Dick, s’il allait chez Drucker, ce serait pour y foutre le Rock.
Sauf que voilà : même pas. Pas eu envie. Pas invité ? Pas grave. Pas de quoi taper l’incruste non plus.
Bref, Dick n’est jamais allé, et là, en toute logique et tel que s’est barré, n’ira jamais chez Drucker.
Et tant pis pour Hervé.
Parce que Dick, voyez-vous, nous et les hommes de goût, justement, c’est aussi pour ça qu’on l’aime.
Parce qu’il est Amerloque comme moi je suis évêque.
Qu’à l’âge et à l’usure, il finira peut-être bien par être des trois celui qui rit le dernier.
Et qu’en dépit de tout, il reste un peu marlou, un peu infréquentable, interdit de promo chez les gens comme il faut.
Et ça, ben, c’est pas mal.

                                                                                                                       

Exalead

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