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Dick RIVERS

LA FORCE DE L'AMOUR

SON NOUVEL ALBUM TRADUIT LE LIEN MAGIQUE QUI LE RATTACHE à SON PUBLIC. ET à SA FEMME, BABETTE
 

Pour son nouvel album, ' Amoureux de Vous! ', celui de ses quarante ans de carriére (il a débuté à 15 ans), Dick Rivers a choisi de dire à son public tout l'amour qu'il lui porte. " Vous ", c'est aussi Babette, sa moitié, qui l'accompagne partout depuis vingt-deux ans. Sans oublier son fils, qui a réalisé le clip de la premiére chanson de l'album. La superbe pochette est particuliérement mise en valeur sur les deux mille vinyles qu'il a fait graver et les cinq mille coffrets velours. Parallélement, le chanteur publie son deuxiéme roman, " Texas blues ", oú, à travers le groupe des Streetfighters, il nous fait découvrir l'environnement musical qui lui est familier. Celui qui s'est sans cesse refusé à suivre les modes est toujours bien là aprés quatre décennies. Dick Rivers, l'éternel insatisfait, le méticuleux, l'emmerdeur — c'est lui qui le dit —, s'est toujours remis en question, tout en restant fidéle à ses premiéres amours. Là réside sans doute le secret d'une belle longévité artistique.

Pourquoi avez-vous choisi une pochette glamour et sexy pour ç - amoureux de Vous! ", disponible en vinyle?
— C'était l'idée d'un jeune concepteur, Pif, qui travaille pour Chanel. Il a réalisé la nouvelle pochette de Mick Jagger. Je lui ai dit que l'album était un témoignage d'amour pour les fidéles qui me suivent depuis maintenant quarante ans. La jeune fille sur la couverture, Lza, est un mannequin célébre. Elle représente une femme qui est tellement amoureuse de Dick Rivers qu'elle s'est fait tatouer sa tête sur son dos. D'autre part, entre glamour et rock, il n'y a qu'un pas.
 Avez-vous l'habitude que vos fans se fassent tatouer votre visage sur leur corps?
— Non! Celui-ci a été réalisé par Tintin, l'un des meilleurs tatoueurs d'Europe. L'image traduit bien le rapport fan... — non, je n'aime pas ce mot-là —, le rapport d'amour entre l'artiste et son public.
 Que reprochez-vous au mot " fan "?
— Le côté fanatisme. En ce moment, ce n'est pas de bon aloi.
 Il s'agit ici de fanatisme amoureux...
— Là, je suis d'accord, quoique cela puisse mener loin. Il faut faire attention. Pourquoi le vinyle? Il y a un retour énorme à cette forme de support, grâce à la dance, à la techno. Et puis, il y a de nombreux collectionneurs. Les miens ont été tirés à seulement deux mille exemplaires numérotés; ils s'adressent aux aficionados. Cela permet aussi de mettre les photos en valeur. Il est frustrant d'avoir une photo de bonne qualité et de devoir la réduire à un trés petit format.
 Vous chantez " Docteur, docteur, ne me laissez pas mourir d'amour ". Vous est-il arrivé d'adresser ce genre de supplique?
— Non, j'ai une vie sereine. Même dans ma jeunesse, je n'ai jamais été amoureux au point d'appeler un docteur.
" Mon lot, c'est de faire c'que j'aime. ça se paie au prix fort. " Y a-t-il un revers à la médaille?
— Non. Faire ce qui nous plaút dans la vie, se montrer vrai, c'est tout profit. Le public reconnaút une certaine authenticité chez les artistes qui marchent droit dans leurs baskets. L'une de mes chansons préférées s'appelle " Le plus heureux du monde ": elle dresse un mini-bilan de ma carriére et de mon existence, et ça me ressemble beaucoup. Mais il est vrai que j'ai eu des hauts et des bas dans ma vie. Quand on choisit de faire ce qu'on aime plutôt que de suivre les modes, à certains moments, on passe dans l'ombre... Pendant des années, on a affirmé que je me trimballais toujours avec mes bottes aux pieds. Et puis, tout d'un coup, des stylistes ont décidé que le look western leur plaisait. Si bien que dans les défilés, on voit des modéles porter des bottes de cow-boys, alors que moi, je n'en mets que pour monter à cheval! Aujourd'hui, si j'en mettais tout le temps, on dirait : " Dick Rivers, il est gravement dans le coup! " La mode me rattrape. Par moments, mon personnage est plus fort que la réalité.
 Vous chantez que tout va trop vite : " On s'est couché au XXe siécle, on se réveille au troisiéme millénaire. " Comment réagissez-vous face au temps qui passe?
— Je suis heureux d'avoir traversé des courants musicaux importants et d'être né à une trés bonne époque sur ce plan. Quand j'étais petit, je me figurais qu'en l'an 2000, on habiterait peut-être sur Mars, qu'on voyagerait par télépathie. Et réalité, rien n'a vraiment changé. Les rapports humains sont toujours les mêmes...
 " J'ai des rêves, des contes de mon passé, qui me restent à exécuter. " Et vous?
— Bien sûr! Je revendique complétement cette chanson... Quand je chante " En tête de gondole, je glisse, mais je ne suis pas satisfait ", je parle de mon caractére de perpétuel insatisfait, de méticuleux. Mon métier, c'est plutôt une vocation, un plaisir. J'ai la chance, dans ma vie privée, d'être aimé par Babette et de l'aimer. Donc, de ce côté-là, je pense avoir réussi. Mais j'ai aussi besoin d'être aimé par le public. Celui qui dit qu'il ne chante pas pour être aimé est un menteur! Comme tous les artistes, je suis mégalo et nombriliste.
 Un morceau détonne dans cet album. Il dit, entre autres : " Si le diable venait sur cette terre, c'est à toi qu'il ressemblerait. Si le mal était une femme, c'est en toi qu'elle se cacherait. " Avez-vous rencontré ce genre de femme?
— Il y a trés longtemps, quand je suis arrivé à Paris, j'ai connu une fille qui a été cruelle avec moi. Elle s'est amusée avec mon cœur d'adolescent, avec ma notoriété naissante. J'en ai ressenti beaucoup de chagrin.
 Une expérience qui ne vous a pas rendu misogyne pour autant?
— Pas du tout, j'adore les femmes! J'ai eu le cœur brisé et je me suis dit : " Je ne retrouverai plus jamais l'amour de ma vie. " C'est normal, j'avais 15 ans...
 Vous évoquez également le monde du spectacle dans ce disque, et il n'en sort pas grandi : " C'est bien beau, le showbiz. On est tous fréres et sœurs. On s'aime, on s'fait la bise. On s'poignarde en plein cœur. " Est-ce votre vision personnelle de la profession?
— Oui, cela correspond à la réalité. Dans mon livre " Texas blues ", j'ai fait, à travers les membres des Streetfighters, une description des coulisses de ce métier. Dans ce milieu, quand on vous rencontre, on vous dit : " Génial, ton dernier disque! " Et dés qu'on a le dos tourné, c'est : " Pourvu qu'il se casse la gueule! Quel connard! Je ne peux pas le blairer... " C'est pareil en politique. Il ne s'agit même pas de jalousie, mais d'actes gratuits. Rares sont les gens du spectacle qui sont contents de la réussite d'un confrére. On pointera de préférence son côté négatif. Moi, je suis plutôt positif.
 Vous vous exceptez de cet état d'esprit général?
— Honnêtement, je ne suis pas du tout comme ça. A 15 ans, j'ai déclaré que Françoise Hardy était nulle. Sa carriére a prouvé que j'avais tort. Je m'en suis voulu toute ma vie.
 Dans " Texas blues ", vous évoquez des concerts galéres oú les plombs sautent toutes les cinq minutes. Des souvenirs personnels?
— Effectivement, mais cela existe encore, malgré toute la technicité d'aujourd'hui. Le triphasé peut péter : cela m'est arrivé encore l'année derniére, lors d'un concert en plein air.
 Lorsque, dans votre album, vous décrivez l'impression de grand vide que l'on ressent aprés avoir arpenté la scéne devant une salle chauffée à blanc, on est encore en plein vécu...
— Mon fils, qui a réalisé le clip de la premiére chanson de l'album, a trés bien compris le message du texte. On voit le monde dans la salle, les lumiéres, les gens qui crient, qui tapent des mains. Il n'y a rien de plus triste et de plus angoissant qu'une salle vide. On est particuliérement triste aprés le concert, l'adrénaline chute brusquement. On voudrait que la fête ne s'arrête jamais. Notre métier est un éternel recommencement, et c'est ça qui nous pousse, cette source de jouvence, d'éternité, cette espéce de mouvement perpétuel. Quand on fait de la musique, il y a deux grands moments : l'enregistrement du disque et le show. Une fois que le disque est terminé, on tombe en dépression, car le bébé ne nous appartient plus. Pour un concert, il en va de même. Un dédoublement de la personnalité s'opére en moi. Il y a Hervé Forniéri, le petit garçon de Nice, qui rêvait de rencontrer un jour Dick Rivers, le chanteur. Il y a des moments oú Hervé Forniéri pense à ce que fait Dick Rivers. The show must go on, d'accord, mais je me demande parfois oú l'on trouve l'énergie pour cela. Le cinéma, c'est différent. J'en ai fait un peu avec Jean-Pierre Mocky : on est entouré d'une équipe, on dit " Coupez! ", comme pour une photo. En scéne, même si vous avez vingt musiciens derriére vous, vous êtes seul.
Des producteurs comme celui que vous décrivez, qui fait enregistrer une belle fille surtout parce qu'il a envie de la mettre dans son lit, vous en avez rencontré beaucoup?
— Non, mais cela existe! Le mec se dit : " J'ai le pognon pour lui faire faire des maquettes, et elle ne chante pas trop mal. Mais, en réalité, qu'est-ce qu'elle a un beau cul! " " Texas blues " est un vrai roman d'amour rock.
Il y a même un détour par un club échangiste. Vous en parlez en habitué?
— Non! (Rires.) J'ai connu ce genre d'endroit au début des années 1960. J'y ai été par curiosité, comme tout le monde.
Votre album comme votre roman baignent dans des univers de musiques américaines. Comment avez-vous réagi aux événements du 11 septembre?
— L'acte aurait pu se passer n'importe oú, j'aurais été traumatisé de la même façon, parce que c'est épouvantable. Je pense que pour la majorité des gens — pas pour moi —, le rêve américain s'est effondré au propre comme au figuré. On s'est toujours dit : " Si ça ne va pas, on demandera aux Américains de nous donner un coup de main. " C'étaient les gardiens du temple, la " World Company ", les " maútres du monde ". Et là, on s'est aperçu qu'ils étaient aussi vulnérables que les autres. Le refuge psychologique et physique s'est tout à coup effondré.

Propos recueillis par Bernard ALES

 

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La derniére mise à jour de ce site date du 18/07/11