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"Surtout ne me faites pas de Dick Rivers"

Michaël Furnon de Mickey 3D, Mathieu Boogaerts, M, Benjamin Biolay, Miro ou Francis Cabrel ont composé pour le rocker niçois son plus étonnant album. SI ON VEUT, on peut commencer par la fin, par Les Yeux bleus  pleurant sous la pluie, guitares entrelacées, souffle d'un accordéon, slide guitar comme là-bas, harmonies vocales parfaitement orthodoxes avec une autre voix bien connue, et un certain accent du Sud. "Le disque a commencé avec cette chanson, dit Dick Rivers. En 1990, quand nous avions fait le Rock'n'roll Show, j'avais demandé des chansons à Cabrel. Quinze ans aprés, dans le bus de la tournée d'Autour du blues, avec Goldman et compagnie, je le lui ai rappelé. Il m'a dit : "J'ai du mal à écrire pour moi-même. Alors, si tu me donnes une bonne chanson à adapter, je veux bien essayer." J'avais depuis 1976 une chanson de chevet, Blue Eyes Crying in the Rain de Willie Nelson. Je la lui ai donnée et deux jours aprés, il m'envoyait le texte."

Ils enregistrent dans la foulée et Dick Rivers est commencé. Le disque vient de sortir : au bout de quarante-cinq ans de carriére, un album porte le nom du chanteur, comme si tout se résumait à cela, Dick Rivers, sujet et objet de Dick Rivers. De toute maniére, Hervé Forneri a toujours mieux assumé que d'autres la distance avec son personnage au nom américain (dans Loving You, le personnage que joue Elvis Presley s'appelle Deke Rivers). Il en parle facilement à la troisiéme personne : "Il y a Hervé Forneri, qui adore l'autodérision et se servir du chanteur Dick Rivers ; et puis il y a Dick Rivers qui est trés sérieux."

S'il fallait raisonner avec l'idée que l'on se fait paresseusement de Dick Rivers, on aurait peur qu'il se lance ainsi avec tous ses cadets qui lui ont donné des chansons : Mathieu Boogaerts, M, Benjamin Biolay, Miro... "Ils respectent Dick Rivers, note Dick Rivers. Le temps a passé et chacun a son petit Dick Rivers à lui – un crooner, un cow-boy, un rocker."

Il est vrai qu'il sait bien quelle est sa position dans la chanson en France. "Les mecs qui ont suivi ma génération, les Michel Berger, les Goldman, les Balavoine, les Julien Clerc, ont ouvert leurs oreilles à la musique vers 1964-1965, sont arrivés dans la chanson dans les années 1967-1968. Ils nous détestaient. Pour eux, nous représentions l'archétype du truc mauvais – ce en quoi ils n'avaient peut-être pas tort. Même si, entre guillemets, on était les pionniers du rock, ils étaient beaucoup plus biberonnés que nous aux Etats-Unis et à l'Angleterre – Bob Dylan, Leonard Cohen, les Stones, les Beatles. Pour eux, en 1968, Elvis était déjà out." Un crime ? Non, évidemment. Elvis n'était pas tout, mais Dick se souvient que le King ne s'était jamais pris au sérieux. "Quand on regarde ses débuts, les années 1954-1958, sur les DVD qui sortent maintenant, on voit bien que les mouvements qu'il faisait n'étaient là que pour faire pousser des cris aux filles dans la salle. On ne peut pas chanter "Tu n'es rien d'autre qu'un chien de chasse qui pleure tout le temps" et se croire porteur d'un message. La génération qui nous a suivis était plus sérieuse. C'était du rock. Alors que la nouvelle génération connaút tout, apprécie tout ou presque. Ils font leur musique. Ils ne font pas du sous-Dylan. Par exemple, les connaissances musicales de Biolay sont hallucinantes. Il connaút tout, tout. Il respecte aussi bien Elvis de la période Sun que Pearl Jam."

Un peu comme Henri Salvador a été rédimé du Travail c'est la santé par le triomphe de Chambre avec vue, Dick Rivers peut incarner une icône postmoderne, respecté à la fois pour sa posture immuable depuis l'orée des années 60 et pour son art d'interpréte. A 61 ans (un an de moins qu'Alain Souchon), il n'écrit pas de chansons, se porte dans les mots des autres. Il use d'une métaphore cinématographique, voyant son travail comme l'adaptation d'un livre à l'écran. "Si l'adaptation est mal faite, le film se casse la gueule. Si le film est bien réalisé, on oublie presque le roman." Pour ce disque, il voulait d'autres romans, même s'ils ont tous le même héros : "J'avais peur de l'autoparodie.

Je leur ai dit : "Surtout ne me faites pas de Dick Rivers."

 

Bertrand Dicale

22 avril 2006, (Rubrique Culture)Retour

 

 

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