Retour

Article parue dans culturofil.net

et un autre trés bel article sur inside rock : cliquez ici

Dick Rivers, pas besoin de réhabilitation

Dick Rivers – L’homme sans âge – Pas besoin de réhabilitation pour Forniéri.

Par Thierry The Civil Servant • jeu 10 juil 2008 • Categorie: Musique

sorti le 16 juin

Dick Rivers va-t’il connaître le destin de tous ces artistes qui ont été trop longtemps ringardisés, et qui, soudainement, par la grâce d’on ne sait quelle volonté d’essence quasi divine, se voient installés au panthéon des chanteurs français qu’il était temps de « réhabiliter » ? Un peu le destin que les périodiques « intellectuels » français parlant de rock offrirent à AC/DC par exemple. Ainsi, il passerait du statut de vieille légende un peu poussiéreuse des années yéyé qu’on ne ressort de la naphtaline qu’aux occasions anniversaires lorsqu’on évoque les forcément fabuleuses années soixante, vous voyez ce que je veux dire, les émissions présentées par Michel Drucker par exemple, à celui de néo Bashung, de Manset du rock and roll, de Dominique A niçois sur le tard. Le parcours qu’a connu Christophe dans les yeux de la presse quoi. Lui évolua de chanteur pour minettes à dandy électrique. Dans une transmutation tout aussi brutale d’ailleurs.

A l’aune de ce nouvel album, L’Homme sans âge, dont on ne lit, ici ou là, que dithyrambes et déclarations d’amour d’autant plus passionnées qu’elles sont tardives, il est permis de penser que c’est ce qui lui est promis. Et dont il ne se plaindra surement pas, lui qui tenta le coup il y a deux ans en faisant appel aux affreux Mickey 3D pour lui construire un album. Qui évidemment au bout du compte ne lui rendait pas grâce.

Une ville humide, un homme sans âge

Et si on ne cédait pas à ce semblant d’emballement médiatique. Si on écoutait simplement ce disque en essayant d’oublier qu’il a été concocté, paroles et musiques, par Joseph d’Anvers, ce qui n’est certes pas le moindre choix de cet album tant on y sent la patte de celui qui a aussi récemment collaboré avec Bashung sur Bleu Pétrole et qui vient de publier son troisième album, Les jours sauvages. Oublier la production parfaitement léchée, calibrée pour faire de ce disque de pop rock, avec quelques morceaux de country rock à l’intérieur, un disque de radio mainstream. Oublier aussi la promotion parfaitement troussée pour que l’on oublie un peu l’imagerie cow boy, santiags et banane et qu’on découvre un homme plus profond, marqué par les ans, les amours enfuies, la solitude enfin qui burinent et sculptent un Dick Rivers plus grave et paradoxalement plus apaisé. « Il m’en aura fallu des gens pour être seul » dans Le toit du monde.

Et se concentrer sur la tessiture de ces chansons, sur cette voix qui a perdu ce chuintement un poil giscardien qui en faisait en partie le charme, cette manière qu’il avait de dire « Faire un pont » ou « Maman n’aime pas ma musique ». Mais qui n’a pas laissé en chemin ce son de gorge qui fait les voix des crooners. Et au fond répondre à la question : est-ce que Joseph d’Anvers lui va comme un gant à Dick ou au contraire comme un tablier à une vache ?

Il faut quelques écoutes pour se départir de répondre blouse et bovidé, ce qui apparaît évident au début, tant on est peu accoutumé au style de cet album dans la bouche de Rivers. Et puis, progressivement se fait jour dans une chanson, puis une autre, cette évidence que Dick Rivers n’a pas vraiment loupé son coup avec L’Homme sans âge. L’opus recèle quelques vraies réussites. Alors, certes, il faudra oublier Je reviens, modeste titre de variété aux arrangements bien trop sirupeux, faire de même avec Gagner l’horizon qui souffre des mêmes travers ou encore Les braves (« Les braves ne meurent jamais/Quand il sont enfermés/ Les braves ne meurent jamais/Quand leurs yeux sont fermés ») oui nous sommes d’accord, on a connu paroles plus tranchantes, ainsi que Les bras des femmes, morceau lui aussi dispensable.

Toujours le regard haut, Dick

Mais faire en revanche un tout autre sort à quelques pépites de pop rock française de grande qualité comme le titre éponyme de l’album, ou bien ce Par delà les plaines à l’intro évidente de classe. Ecouter en boucle le country rock aux guitares omniprésentes Attache moi, et surtout Mon homme, soutenu par un harmonica et des guitares qui assurent discrètement la montée de l’émotion, palpable tout au long de cette courte mais très grande chanson (peut être la meilleure de L’Homme sans âge). Enfin se laisser emporter par Lola (veut la lune), qui est peut être le titre où l’univers de Dick rencontre le mieux celui de Joseph.

On ne peut que souhaiter à L’Homme sans âge et à Dick Rivers un succès qui ne soit pas que d’estime. On voudrait surtout que les nouveaux prophètes de Dick Rivers, magistrats en respectabilité, qui ont décidé qu’il devait maintenant sièger au pinacle comme les grands, ne lui mettent pas trop d’idées en tête. Le mainstream fut-il de qualité n’est pas sa voie naturelle.
Car c’est bien du country rockeur que l’on a besoin, ce qu’il a toujours été, et qu’on cesse les vieux procès en ringardise. Que son prochain album soit fait avec les BB Brunes ou les Naast tiens !, voilà qui serait un chemin, inattendu par les petits gourous et décevant pour eux en ce qu’il invaliderait leurs thèses, mais qu’on verrait bien Dick Rivers emprunter. Il serait somme toute logique aujourd’hui. Pour peu que les jeunes parisiens s’acclimatent à la complexité cachée du bonhomme.

Dick Rivers - L’Homme sans âge - EMI Music France
Crédits photographiques : Site officiel de Dick Rivers - Site non officiel de Dick Rivers

 

La derniére mise à jour de ce site date du 18/07/11

Annuaire et Référencement gratuit avec Referencement-Team !