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Dick Rivers : moi, le Quebec, l'Amérique

 

Le dimanche 16 septembre 2007

"Votre pays me fait encore rêver", asure le chanteur Dick Rivers. (Photo Armand Trottier, La Presse)

"Votre pays me fait encore rêver", asure le chanteur Dick Rivers.
Photo Armand Trottier, La Presse
 

   

La Presse

Au panthéon du rock'n'roll français, tout en haut, à côté d'Eddy Mitchell et juste en dessous de Johnny Hallyday, le nom de Dick Rivers est étampé à l'encre indélébile. Comme ses deux éternels rivaux, voilà plus de 40 ans qu'il se déhanche, mi-rockeur féroce, mi crooner aux mauvaises maniéres, et qu'il sue de vraies grosses gouttes sur son micro.

Increvable? On ne saurait mieux dire. Car Dick Rivers, comme les chats (sauvages), semble avoir eu neuf vies. Alors qu'on le croit mort, il rebondit. Et si le chanteur a dû traverser des déserts de quolibets et de gentils sarcasmes, il jouit enfin en France d'un respect tout mérité. Celui du bâtisseur et du survivant. Pas étonnant que son plus récent disque (éponyme) ait été produit par une cohorte de jeunes branchés comme Benjamin Biolay, Mathieu Boogaerts ou Mathieu Chédid.

Au Québec, par contre, on l'avait un peu oublié. Son retour sur scéne en 1993, aprés une absence de 25 ans, avait fait remonter les souvenirs et écouler plus de 100 000 exemplaires de ses Grandes chansons rééditées. Mais l'ami Dick avait de nouveau disparu, préférant retourner dans sa taniére parisienne.

"La France est un pays trés possessif, admet le chanteur, rencontré mardi dans un hôtel du centre-ville. Mais je regrette. Je ne le ferai plus. J'ai décidé à mon âge (61 ans) de venir vous voir plus souvent..."

Le contraire eut été surprenant. Car M. Rivers prétend être un immense "fan" du Québec. Il va même plus loin, affirmant qu'il a "sans doute été Canadien dans une vie antérieure".

Peut-être fait-il référence à ses années de gloire sur nos palmarés quand, au milieu des sixties, il multipliait des tubes comme Jericho, Viens me faire oublier, Oh! Lady ou l'incontournable C'est pas sérieux (mon amour, mon amour...).

Ou peut-être, tout simplement, cherche-t-il à nous convaincre de sa "québécitude" instinctive. Entre deux demi-cigarettes (il ne les fume jamais au complet), le chanteur ponctue ses interventions de quelques "tabarnac!" bien sentis. Il dit par ailleurs aimer la tourtiére, le ragoût de pattes de cochon et le smoked meat de chez Schwartz's.

Faut-il le croire? Chose certaine, la Belle Province est à ses yeux une des plus belles inventions du monde. Un mélange "rêvé" de langue française et d'esprit américain. Exactement comme lui.

Anti-mondialisation

Il faut savoir que Dick est, comme Johnny et Eddy, issu d'une génération de Français allaités à la culture made in USA. C'était l'aprés-guerre, l'application du plan Marshall, l'invasion hollywoodienne et la naissance du rock'n'roll. Tout l'univers de M. Rivers s'est construit sur cette Amérique libératrice et fantasmée. à commencer par son pseudo (son vrai nom est Hervé Forneri) inspiré de Deke Rivers, personnage joué par Elvis dans le film Loving You.

Aujourd'hui encore, le chanteur ne cache pas son affection pour le pays de l'Oncle Sam. Il porte des bagues achetées à New York, une montre Mickey Mouse, des jeans Wranglers et des bottes de cow-boy faites en Arizona.

Mais il avoue que son rapport à l'Amérique a changé. Comme si la lune de miel avait pâli.

"Ce que je déteste en fait, c'est la mondialisation, précise-t-il. Avant, 90% des produits américains étaient fabriqués aux états-Unis. Maintenant, il y a un tas de trucs qui sont faits en Chine. Or j'aime bien, moi, que les choses restent à leur place. J'aime que mon smoked meat ne soit trouvable qu'à Montréal. J'aime acheter mon thé à Londres et ma farine de pois chiches à Nice. Ces localismes me font rêver. Et c'est pour ça que j'aime bien venir au Québec. Comme le Texas, le dernier état authentique, votre pays me fait encore rêver."

Dick Rivers pourra prolonger son rêve puisque, dernier album et nouvelle compil à l'appui (La légende), il revient au Québec en novembre (les 17,18 et 19) pour une mini-tournée de concerts.


Et aprés? Ben aprés, ce sera un autre disque (écrit par le jeune Joseph D'anvers), une autre tournée ("J'adore être sur scéne") et - qui sait - peut-être même un film. Sous ses cheveux d'un noir suspect, le chanteur ne cache pas, en effet, son envie de faire du cinéma. Son passage au théâtre, l'an dernier (Les Paravents, de Jean Genet) lui a manifestement donné la piqûre du jeu.

Et pourquoi pas? "Je suis un éternel débutant, lance-t-il, fiérement modeste. L'important, pour moi, n'est pas seulement de durer. Mais aussi de surprendre...."

Dick Rivers, à l'Olympia de Montréal les 17 et 18 novembre; au Capitole de Québec, le 19 novembre.

                Jean-Christophe Laurence


 

 

La derniére mise à jour de ce site date du 18/07/11

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