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Dick Rivers et le jeu de l’égo

Portrait, par Jean Paul Billo

« Je suis mon plus grand fan ! Je m’aime par-dessus tout ! » Visage en lame de couteau, regard ténébreux, brushing amidonné, favoris en ailes de corbeau, chevalières américaines aux doigts, jeans moulants, bottes de cow-boy biseautées et voix de fumeur de Marlboro, Dick Rivers cultive son éternelle image de rocker des sixties, comme un jardinier consciencieux soigne ses plants de tomates. Cet art de la fidélité aux symboles et à lui-même lui permet, à 66 ans, d’être encore dans la lumière. Invité de France Bleu Midi lundi 7 novembre, il présente un nouvel album, et un nouveau livre qui portent le même titre en forme d’autocélébration : « Mister D. »

En 1961 Dick Rivers est déjà une idole. Son groupe, « Les Chats Sauvages », avec des tubes comme « Twist à Saint-Tropez » ou « Est-ce que tu le sais ? », rivalise avec les « Chaussettes Noires » d’Eddy Mitchell. À l’âge de 16 ans, il devient le « Troisième mousquetaire du rock français », derrière « Eddy », et Johnny Hallyday.
Dès 1962, il quitte Les Chats Sauvages et se lance dans une carrière en solo. Son premier disque, « Baby John », se vend à 200 000 exemplaires.
Ses disques suivants lui permettent de rester en haut de l’affiche, avec des adaptations de morceaux de John Lennon, Paul Mac Cartney, Roy Orbison, ou des Moody Blues. En 1967, il enregistre aux Etats-Unis en compagnie de musiciens prestigieux du rythm’n’blues pour son album « Dick Rivers Story ». Très apprécié au Canada, il y développe également sa carrière.
Le reflux de la mode et le débarquement des « yéyé » le marginalisent. Il s’associe alors avec Gérard Manset dans l’enregistrement de « L’Interrogation » (1969), qui réunit un orchestre philharmonique de 72 musiciens, mais ne rencontre pas le succès escompté. Durant les années 70, sa collaboration avec Alain Bashung le remet un temps sous les projecteurs, grâce à des titres comme « Marilou », ou « Maman n’aime pas ma musique », qui obtient un Disque d’Or en 1974.
Durant les années suivantes, retiré de la scène, il continue à proposer régulièrement des albums, collaborant avec des stars comme Francis Cabrel, Liane Foly, ou David Mac Neil. À partir de 1995, il renoue avec les feux de la rampe. Reprenant concerts et tournées, il réapparaît à l’Olympia, Bobino, au Casino de Paris, ou aux Francofolies de La Rochelle en 2006 pour ses 60 ans.
Les « puristes » lui restent fidèles, ce qui ne l’empêche pas, de s’adjoindre des collaborateurs de la nouvelle génération, tels que Benjamin Biolay, « M », Mathieu Boggaerts, Mickey 3D, ou le jeune auteur-compositeur Joseph d’Anvers, qui signe en 2008 son opus « L’homme sans âge ».
Sa discographie est riche d’une trentaine d’albums. Il est exclusivement interprète.
En 2003, Jean-Pierre Mocky le fait tourner dans son film « Le Furet ». Il prête sa voix à Shere Khan dans le doublage du « Livre de la Jungle 2 » (2003), et au Passeur de « Arthur et les Minimoys » (2006).
En 2004, il fait une prestation remarquée de comédien dans « Les Paravents » de Jean Genêt, au Théâtre National de Chaillot.
Ses talents de conteur sont appréciés lorsqu’il évoque l’histoire du Rock sur les ondes de Radio Monte Carlo dans les années 80, et dans les années 2000, sur celles de France Bleu, dans son émission « Moby Dick ».
En 1986, il publie un livre de souvenirs intitulé : « Hamburger, Pan-bagnat et Rock’n’roll ». Puis en 1989, un roman policier, « Complot à Memphis », suivi de « Texas blues » en 2001, et en 2006 d’une seconde autobiographie : « Rock’n’roll ».
Marié avec Babette qu’il a connue en 1979, il est père de Natala, restauratrice à San Francisco, et de Pascal, réalisateur de cinéma. Il partage sa vie entre son appartement parisien et son ranch de Pompignan, dans la région de Toulouse.

Le rêve américain

Hervé Forneri - alias Dick Rivers – voit le jour à Nice, le 24 avril 1945. Fils unique d’un père boucher et d’une mère au foyer qui le surnomment « Nanou », il est envoyé dans une école catholique privée. C’est tout d’abord un bon élève, et un enfant de chœur qui se confesse une fois par semaine. À partir de la troisième, il fréquente une bande de copains, pas très catholiques cette fois. En leur compagnie, il fait l’école buissonnière signe de faux mots d’excuse, et se livre à quelques actes de chapardage qui restent sans conséquences grâce aux bonnes relations qu’entretient le paternel avec le commissaire de la ville.
Tout près de Nice, à Villefranche-sur-Mer, se tient une base américaine peuplée de soldats qui font découvrir leur culture à la jeunesse locale, et donc au jeune Hervé: « J’ai tout de suite été fasciné par l’Amérique ! Les hamburgers, le chewing-gum, le Coca-Cola… J’étais plus fan de cinéma que de musique, et le jour où maman m’a acheté ma première paire de bottes au surplus américain, c’était pour ressembler à John Wayne, Robert Mitchum ! »
Son père lui offre une guitare, mais, l’apprentissage s’avère laborieux et tourne court. Les goûts musicaux du jeune homme sont encore flous : « j’écoutais Bill Haley, Les Platters, Fats Domino, mais je préférais Piaf, Brassens, ou Bécaud ! »
Survient la lumineuse révélation : « Un jour, un copain m’a fait écouter « Heartbreak Hôtel » d’Elvis Presley. Ma vie a basculé en deux minutes trente ! Comme si j’avais rencontré le Messie. Je me suis dit : c’est ça que je veux faire ! »
C’est ainsi qu’encore adolescent, il décide de devenir chanteur. Accompagné de ses parents, il écume les radios-crochets de la Côte d’Azur et de la Riviera. Grâce à son idole, il se trouve un nom d’artiste : « Dans le film « Loving You », le personnage que joue Elvis se nomme Deke Rivers. J’ai adapté le Deke en Dick, et voilà ! » Ce qui ne va pas sans de légers inconvénients : « À l’époque, un tas de gens appelait leur chien « Dick », ce qui fait que quand j’ai commencé à être connu, on aboyait souvent sur mon passage ! »
Un de ses amis d’enfance résume : « Le truc de Dick, c’est que tout môme, il a décidé d’être américain, et il l’est resté toute sa vie ! »

Entre moi et surmoi

« Je suis passé directement de la bicyclette à la Cadillac, de la Kronenbourg au champagne à volonté ! Seulement voilà, je n’ai pas vu venir les yéyé, les hippies, et j’ai morflé ! À 19 ans, j’étais déjà un has-been ! » Quand il évoque son ascension fulgurante, Dick Rivers ne peut en oublier le difficile atterrissage : « On jouait sous des chapiteaux branlants avec de la baston tous les soirs. On était payés par des escrocs qui nous refilaient des chèques en bois. C’étaient de conditions de travail lamentables ! J’ai arrêté la scène, pendant 19 ans ! Aujourd’hui, je crois que j’ai fait une connerie, parce que je me suis coupé de mon public. Mais je n’ai vraiment jamais totalement disparu ! Je me suis accroché. Maintenant, je fais partie des meubles ! »

Amateur de mobilier Louis XIII, le vieux rocker est un personnage qui aime à se présenter sous un double aspect, complexe, paradoxal, à la fois sujet et objet : « Il y a Hervé Forneri qui rigole, qui adore l’autodérision, et il y a Dick Rivers qui est quelqu’un de très sérieux ! Quelle que soit mon activité, tout est estampillé « Dick Rivers ». Mon personnage est bien plus important que ce que je fais ! Et ça m’a bien servi ! J’ai pu écrire des livres, travailler dans des films, au théâtre, à la télévision, et à la radio où l’on m’a considéré comme « le » Alain Decaux du rock ! »
Outre qu’elle pourrait être un bon thème d’épreuve de psycho au baccalauréat, cette vision égocentrique de soi-même a de quoi surprendre, voire dérouter. Surtout quand il ajoute : « Si je suis davantage un mythe qu’une star, c’est par timidité ! En fait, mon vrai défaut, c’est un énorme complexe d’infériorité ! »
Heureusement, à travers d’autres repères, Dick Rivers se délasse de ces joutes freudiennes alambiquées entre moi et surmoi.

« Dickounet »

Il déteste les vacances, le dimanche, les jours fériés, le racisme, l’exclusion, les religions même s’il est croyant, le lait, le poisson et les anchois, un comble pour un niçois !
Il aime Pavarotti, Trénet, Zazie, Maurane, son ranch dans le Sud-Ouest, un bon cigare, sa famille recomposée, et surtout Babette : « Une femme superbe, une véritable fée blonde ! »
Producteur et propriétaire de ses œuvres depuis 1975, il n’a pratiquement jamais été salarié. Ne comptant sur aucune pension de retraite, il s’estime « précaire permanent », ce qui ne l’empêche nullement de boursicoter, et de s’adonner au poker.
Casanier, il ne pratique aucun sport, ne vote pas, et regarde souvent « À l’est d’Eden », son « film de chevet ».
Au téléphone, il lance invariablement : « Salut ma poule ! C’est ton Dickounet à l’appareil ! »
« Je suis un vrai Taureau » reconnaît-il, « hypersensible, méticuleux, possessif, angoissé… »
Pour son fils Pascal : « Dans un milieu de calculateurs qui manquent souvent de générosité, c’est un homme vrai. Une bête rare, pas un objet de marketing ! »
Chez lui, bien en vue, trône la photo de sa rencontre avec Elvis Presley, en 1969, à Las Vegas. Un événement dont il ne s’est toujours pas complètement remis : « C’est lui qui m’a montré la voie ! Pour moi, le rock est mort le jour où il est parti à l’armée. Après ça, plus rien n’a jamais été pareil ! »


 

 

La derniére mise à jour de ce site date du 10/12/11

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