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  Dieu, le rock'n'roll, Elvis et Dick...

Musique .

C'est l'année Dick Rivers. Un disque, une soirée spéciale " Fête à " aux Francofolies : le chanteur, toujours dans le coup, fait un come-back gagnant.

Il est têtu, Dick. Depuis quarante-cinq ans qu'il voue une passion au rock'n'roll, il ne désarme pas. Peu importent les modes, il est là, révisant le mythe de l'Ouest, depuis que sa vie a basculé lorsqu'il a découvert Elvis. Il a quinze ans et déjà une banane d'enfer.

Aujourd'hui, c'est la nouvelle génération de chanteurs compositeurs qui se reconnaút dans cette légende du rock français des sixties. Mathieu Chedid, Benjamin Biolay, Mathieu Boogaerts, Mickaël Furnon, Miro, et jusqu'à Francis Cabrel, ils lui ont tous écrit une des chansons de son nouvel album, Dick Rivers (1). Le résultat est étonnant. Le mythe du " poor lonesome cow-boy " niçois d'Hervé Fornieri (son nom pour l'état civil) est mis en valeur, de maniére originale, par ces jeunes plumes qu'on n'attendait pas dans ce registre. Ils offrent, au passage, un regard neuf sur le chanteur qui, à soixante ans, semble s'être bien amusé en compagnie de tous ces talents. Humour (Ode à Dick), jeux de mots à la Gainsbourg (Anna/Grammes), hommage au King (Elvis avait l'air d'un ange), jazz (Ma Doudou), bossa-nova (Ma chanson de l'été) ou country rock, Dick Rivers s'est prêté au jeu de ces nouvelles ambiances, tournant en dérision son personnage de rocker en santiags. Entretien.

Comment s'est faite la rencontre avec ces auteurs de la nouvelle génération ?

Dick Rivers. C'est un grand roman d'amour musical entre eux et moi. Tous ces mecs qui ont écrit pour moi, ça n'a rien d'une opération de marketing. Les Cabrel ou Goldman sont des artistes qui, musicalement, sont nés juste aprés ma génération qui a biberonné au rock'n'roll pur et dur, à la country. Eux ont été nourris aux Beatles, aux Stones, à Led Zeppelin. ça fait une différence énorme ! Même si nous avons ouvert des portes, nous étions considérés (nous les mecs qui avions créé le rock au début des sixties) comme un peu ringards. Pas la nouvelle génération des trentenaires, qui est plus respectueuse de toutes les formes de musique.

On a l'impression que votre personnage intrigue les jeunes...

Dick Rivers. En fait, le personnage qu'Hervé Fornieri a inventé m'a dépassé. Je sais trés bien que, depuis des années, ce que je suis est malheureusement plus reconnu que ce que je fais. Je préférerais qu'on s'intéresse davantage à ma musique qu'à mon personnage. Souvent, on vient me voir plus que m'entendre, même si les gens sortent de mes concerts ravis. C'est dur de parler de soi à la troisiéme personne, comme Alain Delon, mais j'y suis obligé par la force des choses. Pour chaque génération, il y a un Dick Rivers. Pour les mecs de mon âge, je représente toute leur jeunesse. C'est de la nostalgie. Ensuite, il y a ceux qui m'ont connu dans les années soixante-dix avec Faire un pont, Maman n'aime pas ma musique, etc. Enfin, il y a ceux qui m'ont connu dans les années quatre-vingt, c'est Nice, baie des Anges, les Yeux d'une femme et... Canal Plus oú, Didier l'Embrouille interposé, je faisais le con avec José Garcia et Antoine de Caunes.

Que retirez-vous de l'expérience de ce nouvel album ?

Dick Rivers. Avec leur façon d'écrire, de voir le monde, ces mômes m'ont apporté beaucoup. Je ne pensais pas pouvoir interpréter une chanson comme Ode à Dick. Tous m'ont encouragé à y aller, à jouer la carte de l'autodérision. Je m'auto-parodie dans cette chanson, oú je chante : " Il est pas vraiment athlétique Dick, c'est pas le frére à Moby Dick... " J'ai trouvé ça drôle.

Vous vous écartez des clichés bottes de cow-boy banane, pour passer à un autre univers. On sent que vous vous êtes amusé...

Dick Rivers. Il y a deux moments oú je suis heureux dans la vie, parce que je suis tombé dedans quand j'étais petit : c'est sur scéne et en studio. Au moment de la création. Dés qu'on commence le mixage, c'est formidable, mais pour moi, l'aventure est finie. C'est pour ça que je conserve toujours ce qu'on appelle " la mise à plat " de l'enregistrement, oú il y a simplement la voix, la guitare, oú tout est vrai.

Vous chantez Elvis avait l'air d'un ange. C'est toujours votre Dieu ?

Dick Rivers. Je trouve formidable ce qu'a écrit Mickey. Comment peut-on mieux - retracer ma jeunesse qu'avec un tel texte ? Nice, baie des Anges, Elvis, et la boucle est bouclée. Ce mec a tout compris de mon personnage. C'est ce que j'ai trouvé touchant de la part de ces gens, Mathieu Boogaert, M, Miro, Biolay, ils posent un regard neuf sur mon personnage.

Vous faites partie des rares chanteurs rescapés des années soixante. Comment fait-on pour durer dans ce métier ?

Dick Rivers. J'ai quarante-cinq ans de métier. J'ai commencé mon premier disque le jour de mes quinze ans, le 24 avril 1961. J'ai eu des hauts et des bas. Surtout, je n'ai jamais fait de concessions à la mode. J'ai évolué musicalement, mais, c'est peut-être un peu prétentieux, j'ai toujours été relativement avant-gardiste. En 1968, par exemple, j'ai été le premier à faire un album concept, l'Interrogation, avec Gérard Manset et un - orchestre philharmonique. C'est l'album que j'ai dû vendre le moins ! De 1968 à 1972, on était jeunes, mais nous étions déjà has been grave pour la nouvelle génération ! ça a été des années galéres avec d'un côté une variété française épouvantable et de l'autre le rock considéré comme nul, vieillot. On était en pleine période des pétards, des babas cool, de Woodstock. Moi, je me suis raccroché au ryhtm'n'blues ainsi qu'à mon groupe préféré, Creedence. Ma chance, c'est que je ne suis pas Monsieur Tube, même si je suis marqué par un style. ça permet d'être libre, de faire le con ici ou là, de la musique, de la scéne ou du théâtre en jouant dans les Paravents, de Jean Genet. Le seul truc oú ça bloque, c'est le cinéma, oú mon physique est trop typé. On me propose toujours des rôles de bandit, alors que je rêve de jouer un garçon boucher !

Vous arrive-t-il de regretter la période faste du rock'n'roll ?

Dick Rivers. Non. Malgré ce qu'on peut penser, ça n'a jamais été une période faste, mais une période spectaculaire. Je dis toujours que le rock'n'roll n'est pas un phénoméne musical, c'est un phénoméne social accompagné par une musique. Nous, on trouvait ça normal à l'époque. C'est un peu comme le rap aujourd'hui. C'est un phénoméne de ghetto, de racisme, d'exclusion, de chômage qui a amené une forme de musique. Musicalement, je viens d'une école roots, le blues ou le rythm'n'blues noir américain qui allait devenir, grâce à Elvis, une musique adoptée par les Blancs. On doit avoir une reconnaissance éternelle envers lui. Le rock'n'roll, ce n'est pas une religion, c'est Dieu, et Elvis, ça serait Jésus-Christ. Quand j'ai entendu pour la premiére fois sa chanson Heartbreak Hotel, ma vie a été chamboulée, en deux minutes trente.

(1) Album Dick Rivers (chez Emi.)

Le 15 juillet 2006 aux Francofolies de La Rochelle, Esplanade Saint-Jean-d'Acre.

Entretien réalisé par Victor Hache (article paru dans l'humanité du 7 Avril 2006)

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La derniére mise à jour de ce site date du 18/07/11