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Dick Rivers: «Elvis était mon dieu!»

18. novembre 2011, 21h04

Didier Dana | Le Matin

Le rocker sort un disque formidable et une biographie.

Le Niçois Hervé Fornéri est devenu Dick Rivers à l'âge de 15 ans. 50 ans au service du rock'n'roll et toujours la même passion.

Le Niçois Hervé Fornéri est devenu Dick Rivers à l'âge de 15 ans. 50 ans au service du rock'n'roll et toujours la même passion. © DR

 

 

Dick Rivers, 66 ans dont 50 de carrière, n'a pas la langue dans sa poche.

Dick Rivers, qui êtes-vous?

Un homme bien. (Il éclate de rire.) Je ne parle pas du chanteur...

Votre tout premier souvenir?

J'avais 4 ans. Je parlais à un mannequin en cire des Galeries Lafayette. Comme il ne me répondait pas, je l'ai poussé et il s'est cassé. Je me suis fait engueuler, je m'en souviens très bien.

Etiez-vous un enfant sage?

Oui. J'ai même fait de la théologie chez les curés. Et puis la mouche du rock'n'roll m'a piqué. J'avais ce côté blouson noir. Fils de commerçant (ndlr: son père était boucher), je n'avais pas de raison d'être rebelle, mais ça faisait bien. On a été biberonnés au rêve américain.

De quoi aviez-vous peur?

Du vide. Longtemps, j'ai eu très peur en avion. Impensable qu'un monument de métal puisse monter à 10 000 m d'altitude.

Dans l'enfance, quel fut votre plus grand choc?

Un choc musical! A 12 ans, on allait à La Boîte à Musique écouter des disques sur une sorte de juke-box. Un pote me dit: «Au numéro 6, il y a un mec qui s'appelle Elvis Presley.» Je n'en avais jamais entendu parler. C'était «Heartbreak Hotel», un blues, pas un rock. Ma vie a été chamboulée. D'un coup j'ai trouvé Dieu! Comme Bernadette Soubirous avec la Vierge. Un choc émotionnel. John Lennon, qui était un ami, disait: «Si Elvis n'avait pas existé, aucun de nous n'aurait existé!»

Votre mère vous disait-elle «je t'aime»?

Oui. C'était une grande catholique. Tellement protectrice qu'elle était limite mère juive. Lorsqu'elle me chopait en train de flirter, elle me tapait des scandales en public. Elle n'a jamais dit «merde» de sa vie. Elle disait «miel».

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

Avec les premiers concerts. J'ai sorti mon premier disque à 15 ans et j'ai fondé Les Chats Sauvages. Je suis passé de la bicyclette à la Cadillac, de la bière Valstar qu'on buvait en douce avec les copains au champagne. Vedette du jour au lendemain! On nous faisait faire des galas et les disques se vendaient comme des petits pains. C'était géré par mes parents. On était cigales. De vrais p'tits cons!

Que vouliez-vous devenir?

Comme tous les bons garçons, chirurgien. A l'époque, le bac garantissait un travail. Un chômeur était un fainéant. Tout juste si on ne lui jetait pas des pierres.

L'amour pour la première fois. C'était quand et avec qui?

A Nice avec une bonne femme qui n'était pas une pute mais presque. Elle devait avoir 30 ans, j'en avais 14. Elle aimait les jeunes. Un jour un copain m'a dit: «Je l'ai fait!» Moi, j'ai été un peu déçu par rapport aux petites branlettes qu'on se tapait devant les revues de filles nues comme Paris Hollywood...

Pourquoi?

Je suis quelqu'un de dangereux: je ne peux pas le faire sans être amoureux. Il me faut de la «loverie». J'admire les mecs comme Strauss-Kahn. (Rires.) J'ai toujours refusé de monter avec une petite blonde splendide du côté de Pigalle. Je ne pouvais pas aller avec elle. N'importe quel con pouvait le faire, en payant.

Quelle est la plus belle de vos qualités?

Ma véridicité. Je suis incapable de mentir.

On le voit dans le livre. Vous balancez pas mal, sur Aznavour, Johnny...

Après 50 ans de métier, je ne vois pas pourquoi je ferais des courbettes à des gens qui ne me respectent pas!

Votre plus grand regret?

Oh putain! (Long soupir.) Si j'avais été aidé comme d'autres l'ont été par les médias, je serais peut-être le Phénix! Un regret? La reconnaissance... On en revient toujours à ça. On me connaît plus moi que ma musique.

Avez-vous déjà tué?

J'ai mal au coeur lorsque je tue une mouche ou une araignée.

Si vous aviez le permis de tuer quelqu'un, qui serait-ce?

Là, à l'instant T, personne. Mais ça dépend des jours. L'an dernier, je vous aurais répondu Ben Laden.

Avez-vous payé pour l'amour?

Ça a dû m'arriver d'aller à la pute à Paris. Mais c'était dangereux. On attrapait des chaudes-pisses. C'était sans protection.

Vous dites qu'un type vous a demandé de faire l'amour à sa femme...

Des bourgeois, le soir venu, organisaient des parties fines. Là, pas besoin de «love». C'était visuel. Le type m'a demandé à moi, il aurait pu demander à celui d'à-côté. Quinze jours plus tard, on est repassés devant la maison avec mon pote Jean-Pierre pour savoir si on n'avait pas rêvé. C'était fou! Je ne donne pas de détails dans le livre de peur des procès.

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

Avec l'historien Alain Decaux.

Qui trouvez-vous sexy?

Kim Basinger, qui ressemble à Babette, ma femme. Et Chrissie Hynde chanteuse des Pretenders. Elle est bandante grave!

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

A la mort de mon père. En janvier 1982. Beaucoup.

De quoi souffrez-vous?

J'ai eu un microscopique cancer de la prostate soigné par curiethérapie. Ça ne change rien à l'homme, mais je pisse un peu plus qu'avant, c'est tout.

Avez-vous frôlé la mort?

Trois fois en 48 heures. En voiture décapotable. Un tonneau le matin. L'après-midi, j'ai failli me noyer et lendemain, en petit avion, on a manqué de peu les lignes à haute tension.

Croyez-vous en Dieu?

Oui, mais je ne sais pas sous quelle forme. Dans mon album, Jean Fauque me fait chanter: «Dur d'être Dieu». S'il nous voit d'en haut, il doit dire: «Moi, putain, j'ai pas réussi mon truc!»

Quels objets culturels emmenez-vous sur une île déserte?

Un CD d'Elvis, «Le parrain» en livre, et un DVD, «A l'est d'Eden» d'Elia Kazan.

Vous gagnez combien par an?

Moins de 100 000 euros les bonnes années.

Qui sont vos vrais amis?

Bashung, mais il est mort. Oli Le Baron, qui a fait l'album, Cabrel. Les autres, garagistes, médecins, avocats, ne sont pas du showbiz.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

Je n'en ai pas. Si vous me parlez de Drucker ou de Ruquier qui ne m'invitent pas, c'est autre chose. Je les respecte, pas eux. Ma concierge a fait Drucker, pas moi. Un jour, il m'a dit: «Tout le monde t'aime beaucoup ici.» Je lui ai dit: «Mais putain qu'est-ce que ce serait si on ne m'aimait pas!»

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Mickey Mouse.

 

La derniére mise à jour de ce site date du 19/11/11

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