DICK RIVERS

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Rock français : Et au milieu coule Dick Rivers

 

 

        
 
 

(mise à jour : )

 

Depuis la fondation des Chats sauvages (1961), Dick Rivers occupe le devant de la scène du rock français.

On aurait tort de se borner à cataloguer Dick Rivers parmi les parrains officiels du rock en France. Le fils d’un boucher niçois, né Hervé Forneri à Villefranche-sur-Mer en 1945, a largement débordé l’appellation. L’ancien chanteur des Chats sauvages a collé à l’évolution originelle du rock américain; a suivi celle du rock anglais (premières reprises des Beatles!); a incarné en français les standards en airain de Buddy Holly, Conway Twitty, Hank Williams, John Fogerty, Ray Davies (des Kinks) et bien d’autres. Le Best of intitulé 5/5 que sort Warner Music, célèbre 55 ans de la carrière solo, entamée en quittant les Chats sauvages, en septembre 1962. Devenant ainsi le premier chanteur de rock français à quitter la formation qui l’a consacré. Le talent d’adaptateur explose au milieu des 55 chansons du triple CD. Car Dick, comme Eddy Mitchell et Johnny Hallyday, popularise le rock anglo-saxon dans l’hexagone, cela dès le début des années soixante, surfant sur le tsunami «Salut les Copains», déclenché par le journal de Daniel Filipacchi (Dick : «je figure dans le premier numéro»). Dans les années 80, la jeune garde de la chanson le sollicite (Cabrel, Boogaerts, Furnon, Biolay, Mickey 3D, etc.). Aujourd’hui, le rockeur travaille sur un disque de Julien Doré («il m’apporte une curiosité neuve»). Dick intègre le programme de la nouvelle tournée Âge Tendre (elle débutera en janvier 2018). Pas de confusion, toutefois. Loin de s’être transformé en musée ambulant, le chanteur reste un pôle inspirant de la scène française. Dick a « raconté des histoires » pendant 12 ans à la radio (RMC + Radio France). Toujours dans le vent. En forme (pas d’excès : «une Marlboro le soir, c’est tout»). On se donne rendez-vous dans un café du 7e arrondissement de Paris. Fraîcheur sidérante, malice affutée, ravissement intact du personnage. Cinquante ans après avoir entendu pour la première fois la voix sortant de l’électrophone en plastique orange et jaune de ma grande sœur Pascale.

INTERVIEW DICK RIVERS

Comment le rock vous tombe-t-il dessus?

La lumière vient d’Elvis. La source unique des chanteurs de rock. Sans lui, le rock n’aurait pas vu le jour. Elvis Presley, c’est Dieu. Ou plutôt son fils, Jésus. La parole du rock est advenue par Elvis. Il a fait passer la musique des Noirs dans le grand public américain. J’avais 13 ans quand je l’ai découvert. Chamboulement instantané. Je suis entré en religion. Il était interdit de vendre les disques aux moins de 16 ans. C’est ma mère qui allait les acheter. La censure sévissait. Je me suis lancé. A 15 ans, je fonde les Chats sauvages. Mon premier disque sort le jour de mes 16 ans, le 24 avril 1961. La même année, je monte sur la scène du Palais des Sports. Johnny, Eddy et moi avons rebondi sur la révélation d’Elvis. Nous avons tous les trois propagé la transmission.

Strictement une révélation musicale?

Pas seulement. Dans les années cinquante, aux USA, le phénomène musical accompagne une évolution sociale. Déboulaient en France les changements américains par les écrans : James Dean, Marlon Brando, Montgomery Clift, etc. Toute la jeunesse était frappée. Le bouleversement culturel nous est tombé dessus. A la radio, l’on écoutait Edith Piaf, Gilbert Bécaud, Georges Brassens. C’était mon seul bagage. Mais j’ai franchi le pas. Ma chance? Le centre de loisirs d’une base américaine à côté de Nice. J’ai entrevu très vite mon avenir à travers ce que je voyais. Les événements se sont bousculés à tel point que j’ai passé la case adolescence. J’ai sauté de la bicyclette à la limousine.

Une rencontre décisive?

Mon chemin croise celui du directeur artistique Jean-Paul Guiter. Le meilleur ami de Frank Ténot et de Daniel Filipacchi. On enregistre mon premier 45T (Mistral). Guiter s’occupe alors d’une écurie d’artistes (Tino Rossi, Charles Trénet, Martial Solal, etc.). Les choses s’enchaînent. Solal m’arrange Twist à St Tropez. Un tube (il manquait une chanson sur un 45T des Chats Sauvages!). On retrouve Solal à la production de mon premier album 25 cm (Dick Rivers).

Vous écoutez du jazz?

La chose m’arrive. J’ai conservé le 33T original de Martial Solal Live at Newport. J’ai rencontré beaucoup de jazzmen. Une photo de Dizzy Gillespie circule. Il empoigne la trompette dans la piscine de mon ex-belle-mère. Elle animait le Hot-Club d’Antibes. On voit Dizzy sortant de l’eau, entamant un solo. J’étais présent. A mon sens, le jazz pose les bases du rock. Déjà, c’est une musique de Noirs. Cependant, à mes yeux, alors que le rock a bouleversé la planète; que le blues fait partie de mes gènes; le jazz, lui, ne sort pas encore du statut de musique de branché. J’ai entendu Cannonball Adderley avec Daniel Filipacchi dans une cave à New-York. Autre émotion, quand Daniel me présente Ray Charles. Pour moi, What I’d Say, la composition de Ray, rejoint l’arbre généalogique du rock. Je la dissocie du jazz. La chanson me remue de fond en comble. Avec Yes Indeed, j’en ai fabriqué un medley, en français (« Est-ce que tu le sais? »). Rendez-vous compte : Ray invente le titre sur le pouce, dans un club américain, entre deux sets, pour gratter du temps de scène...

Quels bluesmen vous marquent?

Elvis, le premier. Quand j’entends Heartbreak Hotel, à 13 ans, je réalise immédiatement ceci : il ne s’agit pas d’un rock. Ce blues me marque au fer rouge. On identifie dedans le rythm’n’blues, les influences de Fats Domino, de Little Richard, de Chuck Berry. Fats proposait quelque chose en plus : il savait introduire des plages calmes, plus proches du blues. L’art de la Nouvelle-Orléans, le son de la Louisiane. Sans égal pour flirter dans les surprises-parties...

Les guitar-heroes de la pop vous ont suivi en studio...

J’ai travaillé avec la quasi-totalité d’entre eux. A part Eric Clapton et Jeff Beck. Toutefois, des rangs des Yardbirds, comme eux, m’a rejoint Jimmy Page. On l’entend même à l’harmonica, sur le 45T Couleurs, adapté en 1965 d’une chanson de Donovan. Nous avons tourné ensemble plusieurs semaines.

Les Beatles?

Nous avons passé 3 jours ensemble à Manchester, en décembre 1965. Je suis l’invité français de l’émission The Music of John Lennon and Paul Mc Cartney. J’étais plus «roots» qu’eux. Plus «racines». Plus «américain». Plus «Rolling Stones». Eux, ils annoncent la pop. Je me suis détaché de leur musique dans la période Rubber Soul. Et carrément détourné au moment de Sergent Pepper. Mais avec John, on ne parlait que d’Elvis.

Le nom ?

Lors de la première audition, au moment d’engager le groupe, on m’a convaincu, chez Pathé, qu’il serait compliqué de chanter le rock avec un nom à consonance française. J’ai pensé à un long métrage culte, mon film de chevet, Loving You (1957). Elvis joue un personnage nommé Deke Rivers. Pour le prénom, j’ai pensé à Moby Dick. Johnny m’a confié ceci : « on voulait tous s’appeler Deke Rivers ». Tout le monde voulait être Deke Rivers !

Bruno Pfeiffer

CD

Dick Rivers, Best of 5/5 (3 CD, Warner Music)

LIVRE

Dick Rivers, Mister D (Florent Massot éditions, 2011

 
 
 
 

                                                                                                                       

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