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http://www.lunion.presse.fr/article/culture-et-loisirs/dick-rivers-je-ne-me-suis-jamais-trouve-ringard

Dick Rivers : « Je ne me suis jamais trouvé ringard ! »


 

Rencontre dédicaces, samedi 3 décembre, 15 heures, librairie « Rose et son Roman Rencontre », 76 rue Chanzy à Reims.

Rencontre dédicaces, samedi 3 décembre, 15 heures, librairie « Rose et son Roman Rencontre », 76 rue Chanzy à Reims.

 

DEDICACE. L'ancien leader des Chats Sauvages sera à Reims ce samedi 3 décembre pour présenter son livre « Mister D ». Un ouvrage où il parle de ses amours, ses copains, ses emmerdes… Interview d'un homme qui souffre depuis le début de sa carrière de vivre dans l'ombre de Johnny Hallyday et d'Eddie Mitchell.

Cinquante ans de carrière, un livre et un nouveau disque… C'est l'heure du bilan ?
Non… L'heure du bilan n'a pas encore sonné, Dieu merci ! Je n'avais pas calculé que cela faisait juste cinquante ans aujourd'hui, je suis comme beaucoup d'artistes, plutôt intemporel mais quand un ami m'a demandé ce que je prévoyais pour fêter mes cinquante ans de carrière, j'ai réalisé que c'était une occasion en effet de marquer le coup… C'est aussi simple et naturel que çà.

Quel regard portez-vous sur ces cinquante ans ?
Je n'ai honte de rien, j'assume mes choix, je ne me suis pas prostitué pour demeurer à tout prix à la mode. Donc je n'ai à rougir de rien même si toutes les chansons enregistrées ne sont pas sur la quantité, des grandes réussites, loin s'en faut mais elles correspondent à ce que j'avais envie de faire ponctuellement. J'ai eu des hauts et des bas comme d'autres mais j'ai la chance d'avoir un public de base qui m'est fidèle et qui me suit dans mon évolution et qui entraîne les générations suivantes à mieux me connaître et j'espère pour la plupart à m'apprécier. Le monde a énormément changé depuis cinquante ans et tout va très vite aujourd'hui, y compris dans ce métier où plus rien n'est acquis même pour un dinosaure comme moi… Sur la quantité d'artistes de l'époque « Salut les Copains » combien tiennent encore l'affiche de nos jours ? Je suis un « survivant », il faudra encore compter avec moi et j'en suis très fier. C'est certainement aussi dû à ma véridicité.


Quelles sont les personnes, rencontres qui auront été importantes pour vous durant cette carrière ?
Mon premier directeur artistique Jean-Paul Guiter, qui nous a quittés il y a peu et je profite de l'occasion pour lui rendre hommage. Il m'a beaucoup appris quand j'étais un jeune débutant qui aurait pu vite attraper la « grosse tête », il fut « Papa Guiter » et m'a vite fait comprendre après la période Chats Sauvages que j'avais encore tout à prouver. A seize ou dix-sept ans le succès peut monter à la tête, on est immature, on peut vite devenir un « petit con ».
Elvis Presley qui m'a donné envie de faire ce métier et que j'ai pu approcher, John Lennon et Paul McCartney, Alain Baschung, Coluche, Francis Cabrel pour les plus connus, et successivement et plus récemment Patrick Coutin et Oli le Baron qui ont su apporter au bon moment un nouveau souffle bénéfique à mon parcours, un regain de modernité et tout leur talent a été de ne rien vouloir changer à ma personnalité. Et puis ces merveilleux musiciens, français, anglais ou américains qui m'accompagnent depuis ces 50 ans.
« La plupart des gens ne savent quasiment rien de ma carrière »


Dans le livre on ressent beaucoup d'incompréhension, de frustration presque, par rapport à la place que vous avez aujourd'hui dans le show-biz ou les médias. Est-ce le cas ?
Bien sûr. Si tout le monde connaît Dick Rivers, son nom et son physique, qu'il a démarré dans les années 60, la plupart des gens ne savent quasiment rien de ma carrière, de mes chansons… C'est donc évidemment une certaine incompréhension voire parfois une frustration bien légitime mais qu'y puis-je ? Certains médias (de moins en moins nombreux car j'ai eu un article dans Libération pour la première fois et je fais de L'Humanité jusqu'au Figaro donc le grand écart…) Cependant, certains notamment en TV, continuent royalement de m'ignorer… Tant pis. Je ne sais pas ce que je leur ai fait ? Je ne suis pas un type méchant ni désagréable bien au contraire, j'ai même souvent été trop gentil. Je ne me suis jamais trouvé ringard non plus mais peut-être que la définition de ce mot est différente selon les gens. On m'a construit une légende comme quoi je couchais dans un Juke-Box, que je collectionnais les Cadillac des années 50 etc, etc. Ce qui est absolument faux. Mais si on prend le cas de Johnny Hallyday aujourd'hui, je suis certain que les très jeunes ne connaissent absolument pas les chansons de ses derniers albums. Pascal Nègre disait récemment que son dernier tube était « Optic 2000 », donc le malaise ne touche pas que Dick Rivers… c'est un problème de communication et des médias qui s'intéressent plus au côté « people » de la vie d'un artiste plutôt qu'à son œuvre.


Comment expliquer ce décalage entre ce que vous êtes, les gens que vous avez découverts ou avez qui vous avez travaillé (Coluche, Chabat, Bashung, Chamfort, Cabrel, Chedid, Biolay…) et cette faible reconnaissance ?
Je le répète, certains médias m'ont classé un peu vite dans la catégorie des « has been » et ne veulent pas se contredire et revenir sur ce jugement hâtif. Ils ont tort car selon le vieil adage « il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis… ». Depuis une quinzaine d'années, depuis l'album « Plein Soleil », malgré des disques qui ont plutôt bien marché et sont même innovants voire étonnants… ils sont restés sur leur position. D'ailleurs je parie qu'ils ne les ont pas écoutés. Les étiquettes ont la vie dure en France. Il y a du pain sur la planche !


Drucker, Arthur, Ruquier égratignés…Est-ce un problème de personnes avec des gens comme Drucker, Arthur, Ruquier que vous égratignez dans votre livre ?
Je ne fais de procès d'intention à personne. Je respecte ces gens même si je pense qu'ils ne me respectent pas. Je constate que Drucker ne m'invite plus depuis des lustres, c'est tout, alors qu'il invite des tas de gens quasiment inconnus. J'ai appris qu'il a dit que j'avais un problème dans ma tête, je ne vois pas lequel mais cela semble déranger quand je mets l'accent sur le fait que je ressens une injustice à n'être jamais invité sur certains plateaux de télévision. Je ne suis pas le seul à pousser un « coup de gueule » d'ailleurs, d'autres artistes le font. Ruquier ne m'aime pas, c'est son problème mais je ne sais pourquoi. Encore des a priori et des idées toutes faites sûrement. Quant à Arthur, il ne m'a jamais renvoyé l'ascenseur, c'est tout.


On vous présente toujours comme « le troisième larron du rock français », pour reprendre votre expression dans le livre, derrière Johnny Hallyday et Eddy Mitchell… c'est quelque chose dont vous avez souffert ?
J'explique souvent que Johnny est arrivé en mars 1960, qu'Eddy et les Chaussettes Noires sont arrivés début 1961 et qu'avec Les Chats Sauvages, on est arrivés en mai 1961, donc l'ordre chronologique est irréfutable… Si notre style s'apparentait au même rock français influencé des Etats-Unis et d'Angleterre, nous avons ensuite suivi chacun notre route avec des options et des styles qui se sont affirmés et différenciés. Johnny et moi sommes des interprètes, Eddy est un excellent auteur. Johnny est une bête de scène et ne peut être comparé à personne. Je n'ai pas bénéficié de la part des médias, d'autant de passages radios et TV que mes confrères et ceci dès les années 60 mais sincèrement je ne pense pas que mes choix de chansons étaient moins bons. Au Golf Drouot, les Chats Sauvages niçois furent moins bien acceptés que les autres qui étaient tous parisiens.


Quelles relations avez-vous avec eux ?
Hier nous avions des contacts irréguliers, on a été très copains puis on s'est perdus de vue. Nous ne nous sommes jamais vraiment fréquentés et depuis quelques années on ne se voit plus du tout. La plupart de mes amis ne sont pas dans le show-biz et ce n'est pas plus mal pour pouvoir rester connecté avec la réalité et les gens « normaux »…

Dans la nouvelle génération, quels sont les artistes dont vous vous sentez proches ? Ceux avec qui vous aimeriez travailler ?
Je me sens proche de groupes rock comme Mustang ou B.B. Brunes qui, en plus, sont très sympathiques. Je ne sais travailler qu'avec des gens qui m'aiment et que j'aime… ce que j'ai fait avec Matthieu Boogaerts, Benjamin Biolay, M, Michaël Furnon, Joseph D'Anvers et cela va continuer au fil des rencontres… Rien n'est programmé à l'avance bien heureusement, il faut laisser le destin faire sa part aussi !

Publié le dimanche 27 novembre 2011 à 11H00
Propos recueillis par Grégoire Amir-Tahmasseb

 

La derniére mise à jour de ce site date du 28/11/11

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