Interview Dick Rivers (21 Novembre 2012)

Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?

Dick Rivers : (Silence) Je n’en sais rien. Il faudrait qu’on me la pose pour que je m’en rappelle. "Que sont devenus les Chats Sauvages ?" mais c’est trop facile (Rires) !
Qu'on me parle encore des Chats Sauvages 51 ans après, ça me fait rigoler parce que jamais je n’aurais pu imaginer -quand j’avais 15 ans- que ce groupe aussi bon soit-il pour l’époque -parce que je considère que pour l’époque, c’était ce qui se faisait de mieux musicalement- ce groupe avec lequel j’ai vécu 16 mois, allait traverser le temps et le mental des gens à ce point-là. Des gens pour la plupart qui n’étaient même pas nés ou qui en ont entendu parler par leurs parents voire leurs grands-pères.
Que ce soit légendaire à ce point-là dans l’esprit des gens, honnêtement ça me dépasse ! Ce n’était pas les Beatles non plus !

Sur scène, mon public est très multi-générationnel : il y a ceux -qui ont plus ou moins mon âge- qui me suivent depuis mes débuts et ceux qui me découvrent par décennies donc qui ont dix ans, vingt ans, trente ans de moins…



Des fans de la première heure qui entraînent leurs enfants ou petits-enfants en concert ?

Honnêtement, au risque de me faire haïr par ces gens-là, ce sont des gens qui nostalgiques. Ils viennent plus voir le personnage que l’œuvre !
Pour eux, sans vouloir être prétentieux, ils voient une sorte de source de jouvence à travers moi ! Et ça me gonfle : je ne suis tellement pas ça, je suis tellement l’opposé de ça !
Dans mon approche, ma démarche personnelle, j’ai toujours regardé devant. Depuis mes débuts, j’ai toujours été très évolutif musicalement et tel un vampire, je me suis toujours entouré de gens qui m’apportaient un sang neuf.

Ces gens aimeraient que je sois comme une sorte de juke-box dans lequel on tape un chiffre pour jouer la chanson qu’ils veulent écouter. En revanche, je suis totalement conscient de ça et je vais aller plus loin : j’en suis fier ! Fier d’avoir traverser toutes ces époques -avec des hauts et des bas- d’avoir contribué quelque part à une forme de rock français, d’avoir connu des gens absolument extraordinaires, d’avoir côtoyé et de continuer à côtoyer ce qu’il se fait de mieux en termes de musiciens dans le monde.

Mais j’aimerais que ces gens-là évoluent comme moi j’évolue et comme mon nouveau public c’est à dire celui qui me juge aujourd’hui. Je suis plein d’admiration pour ces jeunes qui m’aiment bien parce qu’ils sont à la fois respectueux du personnage que je suis par rapport à ce que j’ai été pour leurs parents et en même temps, ils apprécient l’évolution sincère de ma musique. Ca fait plaisir ! On se dit qu’on n’évolue pas et qu’on ne travaille pas pour rien !

Ton actualité est ce premier Dvd live : première question pourquoi avoir attendu si longtemps pour sortir un tel dvd ?

Mais comment pourrais-je répondre à ça ? Dans la vie, les choses se font par rencontre.
Comme la tournée de "Mister D" se passait bien, le 31 Mars quand on a fait l’Olympia, le patron de Verycords m’a dit qu’on allait le filmer. J’ai trouvé que c’était une très bonne idée.

Ce qui est étonnant c’est que tu n’en ais pas fait avant…

Oui je sais ! Il faut malgré tout savoir que j’avais déjà sorti un Dvd au Canada…

Je pense que compte tenu du succès relatif -dont je suis très fier- de "Mister D", je pense que c’était une bonne idée entre deux. C’est à dire qu’on ne joue pas dans la cours de cette surabondance de nouveautés qu’il y a en ce moment et parallèlement, ça permet d’attendre le prochain album studio qui est prévu pour fin 2013.
Donc, je pense que pour la continuation des concerts que l’on fait en ce moment, qui vont aller jusqu’à l’été 2013 : c’est complémentaire !

Concernant le précédent album, "L’homme sans âge", pourquoi ne pas avoir continué à travailler avec Joseph D'Anvers (auteur / compositeur de "L'homme sans âge ") qui a écrit selon toi des textes que tu aurais pu écrire ?

Parce qu’il ne voulait pas faire "L’homme sans âge bis" (Sourire) !
Pour en revenir à ce que je disais tout à l’heure, j’ai eu une chance énorme de croiser des gens qui à un moment donné ont quelque chose à me faire dire.
Joseph est un de mes meilleurs amis, je l’adore et d’ailleurs sur l’album "Mister D", il a fait deux textes je crois. Et comme je suis très fidèle et comme j’étais ravi de "L’homme sans âge" pour les raisons que tu as cité si intelligemment, le premier mec que j’ai contacté pour l’album suivant a été Joseph qui a refusé pour ne pas faire "L’homme sans âge bis" !
C’est l’opposé des faiseurs de tubes, des gens qui sont des usines à écrire comme Didier Barbelivien qui m’a fait des tubes énormes. Sans être péjoratif, ce sont des gens qui adorent se projeter dans la personnalité d’un autre et n’écrivent pas du sur-mesure mais du prêt à porter de talent !

Dans un autre registre, en 1968, j’ai travaillé pour une de mes premières collaborations avec une personne inconnue au bataillon à l’époque, c’était Gérard Manset.
Puis tout le monde le sait, ensuite, j’ai travaillé pendant des années avec Alain Bashung qui était mon frère. C’est un de mes plus grands souvenirs de ma vie, nous étions les mêmes aussi bien moralement que musicalement. Et il était mon fan numéro 1, ce que les gens n’arrivent pas à imaginer parce que quand on pense à Alain Bashung, on pense à Monsieur Alain Bashung qu’il est devenu dans les années 1980...

On a évoqué ces rencontres avec Alain Bashung, Gérard Manset, Joseph D’Anvers mais il y en a eu d’autres comme Jimmy Page, Benjamin Biolay... laquelle de ces collaborations a été la plus marquante, la plus pédagogique ?

(Silence) C’est difficile parce qu’un disque est une aventure ! Un disque est comme un film c’est à dire qu’au moment où on le fait, c’est un moment absolument extraordinaire où on pense être les maîtres du monde.
Un album studio, ce sont des collaborations, des engueulades, des complicités, des prises de bec… Pendant le temps où on commence à penser à l’album jusqu’au mastering, l’aventure est énorme !

Quand j’ai fait "L’interrogation" avec Gérard Manset en 1967-1968 pour moi, c’était l’œuvre de ma vie parce qu’il y avait un orchestre philharmonique…
Toute ma période avec Alain -bien avant qu’il n’écrive pour moi ou qu’il co-réalise des albums- notre complicité était telle qu’on ne se quittait pas : pour moi, c’est peut-être le meilleur souvenir humain sur le plan affectif.
Pour l’album éponyme de 2006, j’ai volontairement pris le parti de faire un album disparate pour la bonne raison que l’idée était justement de voir comment des Biolay, Chedid, Boogaerts, Mickaël Furnon (NdStruck : du groupe Mickey 3D) … percevaient leur Dick à eux. J’aime bien mais je dois dire que je préfère une certaine uniformité dans un album.

Depuis le début de cette interview, on parle de la perception de Dick Rivers par le public mais également les gens avec lesquels tu collabores. Dans ces conditions, est-ce que Dick Rivers t’appartient toujours finalement ?

C’est mon côté Alain Delon qui ressort (Rires) ! Non mais tu as raison… mais ça me flatte ! Le côté rêve impossible que j’ai réussi à réaliser
Si on prend l’historique de ce personnage, le petit Hervé Forneri le 24 avril 1960 créé Dick Rivers : je vis avec lui depuis 51 ans. Donc, j’ai plus vécu avec Dick Rivers qu’avec Hervé Forneri.

Qui est le plus sympa des deux ?

Oh les deux sont sympas (Rires) !
Mais c’est vrai qu’il y a automatiquement chez moi, un dédoublement de la personnalité.

Un côté schizophrène.

Oui mais plus je vieillis, plus je redeviens Hervé Forneri. Pendant longtemps, Dick Rivers a pris le pas sur Hervé Forneri avec sa personnalité, ses défauts, ses qualités, son succès, ses échecs… mais aujourd’hui, j’ai le recul et la notoriété -même si elle est pour moi inachevée et insatisfaite- qui me permet de redevenir un peu plus l’homme dans lequel je suis né.

Tu as parlé d’insatisfaction, pourquoi ?

Parce que je suis un perpétuel insatisfait, je suis un débutant permanent !
Quand on me dit que le dernier album est formidable, je réponds : "Attendez le prochain !".

Cette insatisfaction est plus un côté perfectionniste qu’une éventuelle aigreur…

Je ne suis pas du tout aigri, pas du tout !

Est-ce facile de garder une homogénéité, une identité artistique lorsque l'on travaille avec de sauteurs compositeurs très différents ?

C’est ma personnalité ! Si je devais chanter du rap demain, on entendra Dick Rivers même si la musique n’a rien à voir avec ce que je fais d’habitude.
L’homogénéité : c’est ma personnalité ! J’en suis conscient, quand m’aime ou pas, c’est trop tard !
En revanche, je suis flatté quand des gens que j’estime talentueux s’intéressent à moi.

Concernant les engueulades d’enregistrement studio, ne sont-elles pas la conséquence d’une trop forte empreinte, personnalité par rapport aux compositions des gens qui écrivent pour toi ?

Ah non parce que le plus grand compliment que ces gens me font, c’est quand ils me disent que je leur ai donné des frissons en chantant leurs oeuvres. Je ne suis rien par rapport à leurs œuvres. Leurs œuvres me touchent et donc, je décide de la chanter et ils en sont ravis : c’est un échange de respect mutuel !

Je jure que je ne chanterais jamais une chanson par concession, en pensant que ça pourrait marcher… Je cherche d’abord à me plaire en espérant plaire au public.

Et ce côté concession, n’aurais-tu pas eu plus de succès en acceptant d’en faire ?

C’est certain et toutes les personnes avec lesquelles je travaille le savent. A ce titre, je suis un inconditionnel du personnage de Mathieu Chedid. Je l’ai vu l’autre jour pour le lancement de son nouvel album chez Nagui. Même si on n’aime pas ce qu’il fait en tant que chanteur, compositeur…, je suis plein d’admiration devant la façon dont il a expliqué sa démarche. Il parle exactement comme je parle depuis 51 ans.

Il a défendu le disque d’Hallyday -dont il a fait la réalisation- en disant que les gens n’avaient rien compris, que Hallyday pouvait tout chanter et qu’il avait choisi la face la plus rock’n’roll, la plus pure et qu’au final, il n’avait pas fait ce disque pour en vendre et aujourd’hui, il était très fier de cet album.
Alors qu’Hallyday va certainement dire qu’il s’est trompé dans les choix de cet album qui est pour lui un échec commercial… Ce n’est pas très bien alors que moi, j’assume tous mes choix !

A ce titre, changerais-tu quelque chose à tes premiers albums de ta discographie ?

Bien sûr ! D’abord, j’évolue tous les jours et c’est la raison pour laquelle j’adore être sur scène en reprenant, modernisant des chansons que je ne peux pas réenregistrer...

J’ai dû enregistrer 750 chansons dans ma vie, je ne peux pas faire plaisir à tout le monde. Avec Olivier le Baron on a trouvé une certaine complicité pour faire en sorte de proposer un tour de chant qui défend le dernier album "Mister D" mais je ne pense pas qu’on fasse de chansons "honteuses" pour faire plaisir au public : j’assume toutes mes chansons !

Alors parfois quand j’écoute mes vieux enregistrements, je me dis que j’aurais pu beaucoup mieux faire mais le fond et la raison pour laquelle je l’ai fait : je les assume !

Serait-il possible de te voir sortir dans le futur un album écrit et composé par toi-même ?

Impossible ! Je suis incapable de le faire. A 66 ans, je ne vais pas m’inventer un talent que je n’ai jamais eu et que je n’aurais jamais : c’est trop tard (Sourire) ! Me raser la boule, me laisser pousser la barbe… tout est possible mais que je fasse quelque chose que je ne sais pas faire : non !

Avec une telle carrière, comment réagit on, avec la carrière que tu as, à un nouveau succès critique, comme celui qui a accompagné "L'homme sans âge" ou encore "Mister D" ?

Qui a été encensé par Libé’ ou les Inrocks… j’en suis très fier !

Tu n’es pas blasé ?

Pas du tout parce que j’ai le cul entre deux chaises : je suis à la fois très populaire dans le cœur des français et en même temps, par moment, je suis hyper branché.
En clair, si le Parisien dit du bien d’un de mes albums, c’est normal parce que mon public de base est plutôt lecteur du Parisien. Que les Inrocks ou Libé’ écrivent : "Le dernier album de Dick est une tuerie", ça me fait plaisir parce que -même si ce ne sont pas eux qui font vendre des disques- ils font parler et ça, c’est important !
Médiatiquement parlant et d’un point de vue bassement matériel et marketing, il est bien évident qu’il vaut mieux avoir la Une du Parisien, de Paris Match, le Figaro Mag… que les Inrocks, Libé’ ou autres…

Quelque part, c’est mon éternelle quête du Graal, c’est mon éternelle remise en question que tu évoquais si bien tout à l’heure, c’est mon éternelle côté débutant c’est à dire que mon rêve serait de plaire à tout le monde.





Justement tu plais à une certaine élite culturelle…

Oui, oui, ceux qui disent de moi dans cette "élite" sont des mecs souvent très intelligents -pas parce qu’ils disent du bien de moi (Rires)- mais franchement : Laurent Chalumeau, Guillaume Durand, Michel Denisot, Eric Naulleau qui est pourtant dans le milieu de la littérature adore ce que je fais, Arnaud Viviant… sont des gens que l’on peut qualifier d’intelligents. Et que ces gens-là apprécient ce que je fais, ça fait plaisir !

… malgré tout, tu es relativement absent des médias grand public. Comment expliques-tu cela ?

En réalité, franchement, j’ai deux médias qui ne me respectent pas et que je ne respecte pas. C’est Laurent Ruquier et Michel Drucker : point barre !
Mais de grands médias dont je suis absent, ce sont les seuls !

C’est mon opinion personnelle, après il y a peut-être des émissions que je n’aime pas non plus comme "Chabada" de Daniela Lumbroso. Je l’ai fait une fois et je m’en souviendrais toute ma vie !

Justement cette émission est le prototype même d’émission axée sur la nostalgie alors que ta vision musicale est à l’opposée…

Je suis d’accord mais tu as le cas de l’émission de Pascal Sevran "La chance aux chansons" qui me fait bien marrer. C’était une émission que personne ne voulait faire -y compris moi- jusqu’au jour où Catherine Ringer a dit que c’était branché et ensuite, les gens se battaient pour la faire… alors que ça le faisait chier Pascal Sevran parce que ce n’était pas son genre de musique.
Ca avait rendu "branché" une émission qui était faite initialement pour les vieux, un peu comme l’émission de Michel Drucker aujourd’hui. Que fait Michel Drucker aujourd’hui ? Il a remplacé Jacques Martin…

Qui trouve une foule de jeux de mots autour de son nom ("Mississipi River's" (album de 1976), "AutoRivers" (album de 2003), "Very Dick" (livre de 1996)...) ?

Ca a commencé par Antoine De Caune et Laurent Chalumeau justement avec mon premier best-of en 1995.
Je cherchais un titre et j’ai appelé Antoine pour me donner une idée de titre d’album pour mon premier best-of.
Il m’a répondu qu’il fallait l’appeler "Very Dick" parce que :
- c’était le meilleur,
- il m’a toujours considéré "véridique",
- si on prend "dick" pour la bite, c’était dans le sens "sévèrement burné" : un mec qui ne se laisse pas marcher dessus.

J’avais trouvé ça bien et ça avait plu énormément. En 1996, j’ai fait un concert à Bobino sorti en 1997 et comme c’était "live", je l’avais appelé "AuthenDick" pour "Authentique". Et ensuite, ça n’a plus arrêté…
Et concernant "AutoRivers", c’était pour l’autre best-of, un rapport avec la cassette que l’on retourne : je le promets, je ne le referais plus (Sourire) !

Tu as évoqué Antoine De Caunes, avec le recul comment perçois-tu l’époque Didier l’Embrouille ?

Alors franchement, quand il a créé Didier l’Embrouille, ça me faisait chier ! Après, ils m’ont expliqué la démarche de Didier l’Embrouille parce qu’il faut quand même savoir le vrai Didier l’Embrouille existe. Laurent Chalumeau a connu Didier l’Embrouille, c’est un truc de fou : un jour où il se retrouve dans un café avec des mecs qui voulaient lui péter la gueule et un mec lui a "sauvé la vie"" et ce mec lui dit à la fin qu’il s’appelle : "Didier et qu’il n’aime pas les embrouilles !". Et dans la discussion vient lui à dire : "Que de toutes façons, le meilleur chanteur en France, c’est Dick !".

C’est arrivé à un tel point que pour les 10 ans de Canal, on devait faire une sitcom avec De Greef parce que dans l’esprit de Laurent Chalumeau, Didier l’Embrouille est fan de Dick Rivers mais n’a jamais rencontré son idole et dont le rêve est de le voir sur scène. Et l’idée de cette sitcom était la vie de Didier l’Embrouille qui est à la base un mec bien qui devient petit à petit un voyou… et ça se termine par un mini-concert de Dick Rivers.

Et c’est très drôle ce que tu me dis-là parce que à chaque fois que je faisais Nulle Part Ailleurs, je n’avais jamais Didier l’Embrouille. J’avais Langue de Pute, le président du fan-club d’Eddy Mitchell…
Mais en 1996, je fais Nulle Part Ailleurs, et je vois arriver Didier l’Embrouille. A la fin de l’émission, je vais voir Antoine en lui disant qu’il y a un problème, il m’a répondu que c’était marrant et c’était l’année où il a quitté Canal. Si bien que finalement, Didier l’Embrouille n’aura jamais vu Dick Rivers sur scène (Rires) !

Tu disais que ça t’emmerdait…

Et bien sur le moment, en raisonnant au premier degré, tu te dis que Didier l’Embrouille est un taré, les fans de Dick Rivers sont des tarés, Dick Rivers aussi…
Mais en réalité, Antoine avait raison ! Ca m’a fait un bien auprès des jeunes hallucinants ! Plein de jeunes m’ont découvert ou redécouvert parce que l’émission était branchée.

Que retires-tu de l'expérience "Les paravents" (pièce de théâtre de Jean Genet à laquelle il a participé en 2004) ? N'y avait il pas une volonté de vouloir un peu briser ton image en acceptant de participer à ce projet ?

Comme pour mes rencontres pour mes disques, il n’y a rien de préparé. J’ai reçu une demande pour jouer dans "Les paravents" et honnêtement, je pensais que c’était une caméra cachée.
Et quand finalement, j’ai constaté que c’était sérieux, j’accepte de déjeuner avec Jean Batiste Sastre qui est le metteur en scène dingue qui a fait ce truc. Il me regarde et me dit : "Vous êtes le lieutenant des "Paravents" !". Je lui réponds que j’avais fait un peu de cinéma avec Jean-Pierre Mocky et d’autres mais le théâtre et celui de Jean Genet, c’était autre chose ! Pour lui, ce n’était pas un problème, on avait des mois de répétition…
Et le mec avait mis la barre tellement haut de mon ego -il a été très fort parce que j’avais 99,9% de chance de refuser mais en agissant en me disant que mon look était une statue de Giacometti- que le challenge était d’essayer. Il m’a répondu qu’au théâtre, il n’y a pas d’essai : à partir du moment où son casting était fait, il faut aller jusqu’au bout !

Et quelque part, comme tout dans ma vie, ça m’a plu ! Je dois dire que j’en ai gardé un très bon souvenir par rapport à mon ego et à ma performance personnelle parce que j’ai été encensé unanimement. La pièce était très mal mise en scène si bien que j’en ai tiré tous les lauriers avec des commentaires du genre : "Heureusement que Dick Rivers est là !".
J’ai même reçu le prix du meilleur second rôle de l’année décerné par les étudiants ! J’ai été très ému et les acteurs m’ont dit : "Après avoir fait du Jean Genet sous la direction de Jean Batpiste Sastre, tu peux tout faire !"... Je n’ai jamais aucune autre proposition (Rires) !

Mais pour revenir à ce que tu disais, on revient à tes questions de tout à l’heure concernant le personnage de Dick Rivers, je me suis aperçu qu’en réalité, pour lui, physiquement, moralement… le lieutenant, c’était Dick Rivers ! C’est flatteur… mais d’un autre côté, je comprends très bien comment le mec a fait son casting. De la même façon que je rêverais de faire un film historique dans lequel on me ferait jouer un rôle à contre-emploi avec une collerette, une barbe… alors qu’à chaque fois qu’on me propose un truc au cinéma, c’est un rôle de gangster, flic… un rôle avec une connotation avec ce que je semble être dans l’esprit des gens. Donc c’est vrai que c’est un peu fatiguant !

On a beaucoup parlé de rencontres, comment en es-tu arrivé à apparaître dans le clip de "Viens boire un petit coup à la maison" de licence IV ?

Oh, c’est très simple (Sourire) ! C’est par mon copain Nick Larry -qui est mort en 2007- un frère que j’ai presque élevé à Nice avec ma femme. Et il travaillait avec Patrick Sébastien sachant que l’auteur de cette chanson est le secrétaire de Patrick Sébastien.
On était tous copains, c’est l’époque où je faisais souvent l’émission : je faisais partie de la famille et comme j’ai toujours adoré faire le con (Rires)…

A propos de Patrick Sébastien, en voilà un autre média de masse dans lequel on ne te voit pas non plus ?

Parce que je suis en froid avec lui depuis quelques années… Je suis très véridique quand je n’aime pas, je n’aime pas…
Entre nous, ce que fait Patrick Sébastien aujourd’hui, c’est très bien fait puisque ça bat des records mais qu’est-ce que j’irais y faire ? Puisque une des émissions, ce ne sont que des vieilleries : si c’est pour chanter "Nice Baies des Anges" ou "Faire un pont", ça ne m’intéresse pas !

Comment en es-tu arrivé à travailler sur "Arthur et les Minimoys" ?

Ah, c’est Luc Besson qui m’a appelé en me disant qu’il m’aimait beaucoup… de la même façon qu’il aimait Alain dont il a fait faire la voix du méchant.
Autant quand j’ai fait du Disney, j’ai fait du casting vocal autant Besson, le Passeur, je ne savais même pas quelle voix, il fallait que je prenne.
Non, c’est vraiment parce qu’il aimait ma musique, ce que je faisais…

Et ta voix surtout…

Oui mais enfin, la voix du Passeur n’est pas fantastique, Shere-Khan, oui ! Je suis très fier d’avoir fait Shere-Khan pour "Le Livre de la Jungle".

Mais bon de façon générale, si on fait appel à toi pour des doublages, c’est que ta voix est particulière et marquante…

Je revendique (Rires) !

Si tu devais choisir un titre de ta discographie pour faire découvrir ta musique à quelqu’un qui ne la connaîtrait pas. Quel titre choisirais-tu et pourquoi ?

Honnêtement, comme je ne suis pas du tout passéiste, je lui ferais vraisemblablement écouter un titre de l’album "Mister D". Je lui mettrais "Bloody Movie".

Quel est ton meilleur souvenir d’artiste ?

Ma rencontre avec Elvis.

J’imagine…

Non, non ce n’est pas aussi simple que ça… même si c’était réaliser…

… un rêve de gosse…

Plus que ça ! C’est comme si catholique pratiquant rencontrait Jésus !
Comme disait John Lennon : "Si Elvis n’avait pas existé, aucun d’entre nous n’existerait !". C’était tellement vrai que c’est enfoncer une porte ouverte…

Au contraire quel pourrait être le pire souvenir ?

Oh, je n’en ai aucun qui me vient à l’esprit mais ce doit être un mauvais concert…
Honnêtement, je ne suis pas du tout rancunier ! Je peux être fâché avec des gens, je ne sais même pas pourquoi (Rires) !

Tu as des racines Corses ?

Non Niçoises, c’est pire (Rires) !
Finalement, ce métier est trop superficiel pour le prendre au sérieux !





On a commencé avec la question qu’on t’a trop souvent posée, au contraire, quelle est celle que tu souhaiterais que je te pose ?

Je ne sais pas. C’est comme mes rencontres dans la musique, j’aime être surpris.
Non je m’en suis juste voulu de voir comment Florent Pagny avait expliqué quel est l’avantage d’être interprète. C’est une réponse que j’aurais aimé donner alors que je la cherchais depuis 51 ans.

Et donc quel est l’avantage d’être interprète ?

"Ne pas avoir le problème de la page blanche".
Un mec peut frapper à la porte en me proposant une idée si ça me plait, je peux le faire. Alors que Francis Cabrel, il rame pendant 2 ou 3 ans pour écrire ses textes. C’est un avantage mais c’est dangereux aussi parce que le choix n’incombe qu’à toi !

Le mot de la fin aux lecteurs de Music Waves ?

"Pour m’assurer encore une continuité véridique (Sourire), soyez de plus en plus nombreux à m’écouter et acheter à musique !". C’est beau et ça rime en plus, je peux faire des textes (Rires)…

Merci beaucoup…

Je suis content aujourd’hui, j’ai eu droit à une interview intelligente avec de bonnes questions, ce n’est pas toujours le cas…



Un grand merci à Verycords pour avoir permis cette rencontre et Nestor pour sa contribution...

 
 

La dernière mise à jour de cette page date du 11/02/14

Dick Rivers