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Ode à DICK

 

 

 

Hervé Fornieri, alias Dick Rivers.

Photo: Jacques Grenier

Hervé Fornieri, alias Dick Rivers, le Johnny Cash français, le Lucky Luke de Villefranche-sur-Mer, n'arbore pas seulement l'impérissable banane rock'n'roll. Pour parler fruits, il a aussi la pêche ces jours-ci. Mazette! Son bail d'amour avec le Québec est en voie de renouvellement, et il a une compile, un DVD et un formidable nouvel album à partager. Rencontre avec un chic type au timbre grave.
 

Dick Rivers chez moi. C'est pas croyable. Quarante-cinq ans de rock'n'roll me contemplent! Dick le mythe. Dick la légende. Mais si, la légende. Je n'invente rien, c'est le titre de sa nouvelle compilation: La Légende. Remarquez, lui, ça le fait rigoler. "La légende, tabarnak!", s'exclame-t-il à ma table, oú le relationniste de Fusion III, celui d'EMI France et le photographe du Devoir nous entourent et lui servent d'auditoire.

Dick est content de pouvoir sacrer québécois sans accent. "Les Français disent 'tabernacle', comme dans le dictionnaire, ils n'ont rien compris." Dick, lui, a tout compris. Il a surtout compris que pour survivre à son propre mythe, il faut savoir en rire. Même la traduction libre de son nom par Higelin -- "Rivers, Dick, riviére de bites!", raille le Jacquot en spectacle -- le fait marrer. Normal quand on est né Hervé.

Voilà le gaillard en tournée promo au Québec, pour la premiére fois depuis 1993, c'est-à-dire depuis la triomphale opération Dick Rivers alors menée par... Guy Cloutier. Tout un coup. Rivers avait été un habitué du Québec jusqu'au début des années 70, alignant succés aprés succés -- avec d'autres chansons qu'en France, curieusement, dont le fabuleux slow Viens me faire oublier --, et puis plus rien. Ulcéré par une histoire d'arnaque, il avait rayé la Belle Province d'un trait d'humeur. Cloutier avait préparé le retour en sortant une compilation, Les Grandes Chansons. Sacré flair: quelque 125 000 exemplaires vendus, une vingtaine de semaines au sommet des classements. Suivirent des spectacles au Forum, au Capitole de Québec. Et puis, à nouveau, plus rien. Explication de Dick: "Ce succés-là a relancé ma carriére en France, oú j'avais aussi arrêté les concerts. J'ai sorti l'album Plein soleil, je me suis soudainement trouvé trés en demande, et ça n'a jamais ralenti depuis, là-bas. Aux dépens du Québec, hélas."

Il reconnaút volontiers l'erreur. Le Québec aime les assidus: Fersen, Aznavour évidemment. Et Cabrel, grand copain de Dick. "Francis, à chaque fois qu'il sort un album, il vient au Québec. Même pour son dernier best-of, il est venu." Résultat de l'hiatus, tout est à recommencer. ça tombe bien, Fusion III a pris en main le produit de langue française d'EMI. Et met le paquet pour Dick. Stratégie en deux temps. Simultanément paraissent la compilation et le DVD du spectacle au Capitole ("Mon premier DVD à vie!"), puis on relance le formidable album éponyme de l'an dernier, passé dans le beurre mou, faute de promo. "T'as été seul à en parler. Mais toi, t'es fan de moi!" Tu l'as dit, mon Dick.

Qu'en avais-je dit? Plus que du bien. Rééditons. "Gloire à Dick Rivers, ex-Chat Sauvage, membre de la sainte trinité des années héroïques du rock'n'rolllllll en français dans le texte, avec Eddy Mitchell, l'ex-Chaussette Noire, et Johnny Hallyday. Des trois, le p'tit Hervé Forneri de Nice, qui devint Dick Rivers parce qu'Elvis avait ce nom-là dans le film Loving You, est de loin le plus sympa. Pas plus grand que nature, comme Johnny, ni grande gueule comme Eddy, c'est simplement un type bien, obnubilé par l'Amérique, qui fait la musique qu'il aime et n'en dévie pas beaucoup. Ce qui ne veut pas dire qu'il est dupe de sa propre caricature. écoutez là-dessus Ode à Dick, bijou d'autodérision ciselé par Michael Furnon, de Mickey 3D. écoutez aussi les chouettes chansons rock'n'country cousues main par les Benjamin Biolay, Mathieu Boogaerts, Miro, -M- et autres Jean Fauque (parolier de Bashung, autre pote à Dick). Toutes lui vont aussi bien que ses santiags et ses chemises texanes. Ils vont surtout bien à sa belle voix grave de crooner. Non seulement ce disque est digne de respect, il est aussi réussi. Ouaip."

Je réécoute l'album. Ode à Dick est un régal. Furnon était déchaúné. "Il est pas vraiment athlétique, Dick / C'est pas le frére à Moby Dick, Dick... " Sur fond de rock'n'country, ça se déguste. On n'imagine pas Johnny ainsi, au second degré. "Johnny n'existe qu'au premier degré, renchérit Dick. Lui, sa légende, il y croit." Bonne idée, Fusion III a lancé sa campagne de revitalisation en envoyant aux radios la chanson cachée de l'album, une adaptation de Blue Eyes Crying In The Rain, sublime ballade de Willie Nelson, chantée avec Cabrel. Une carte de visite qu'on croirait destinée au Québec. "C'est vrai que ça rétablit le lien, à travers Francis. C'est lui qui a écrit le texte français. Il a fallu le forcer un peu. C'est un gros fainéant, Francis. Il ne voulait pas m'écrire une nouvelle chanson. Il a peine à écrire les siennes, qu'il me dit. Une adaptation, ça allait. Francis et moi, tu sais, ça remonte à loin." Cabrel est fan fini de rock'n'roll. En 1990, les compéres s'étaient offert une tournée oú ils n'avaient chanté que du Elvis, du Gene Vincent et compagnie. "On aime aussi chanter du blues ensemble. Tous les six ans à peu prés, avec d'autres chanteurs, on se réunit au sein d'un groupe qu'on a appelé Autour du blues. De petites tournées rien que pour le plaisir."

Pas de nostalgie pour Dick

Rien à voir avec les méga-tournées nostalgiques âge tendre... , tabac des derniéres années en France, oú les vedettes des années 60 et 70 chantent leurs vieux tubes devant des foules extatiques. "Je ne suis pas nostalgique. Le rock'n'roll, je l'inclus dans mon présent. La tournée âge tendre, pour moi, c'est comme la Star'ac. On vous monte en épingle du jour au lendemain, et puis le surlendemain, on vous jette. Quand c'est des jeunes, passe encore, mais des vieux, des chanteurs que l'on sort de leur retraite, ça, c'est terrible. Ils s'étaient fait une raison, ils s'étaient recyclés, et puis là, ils croient que c'est reparti pour de bon! C'est comme un drogué que l'on aurait sevré, à qui l'on redonnerait de la coke. Le mec, il replonge!"

Dick Rivers, lui, a su durer. Cela suppose un vrai talent dont on est conscient, tempéré d'un peu beaucoup d'humilité et, surtout, de la capacité d'utiliser son personnage à diverses sauces. Ces derniéres années, outre la scéne et les disques, l'homme s'est commis dans tous les genres. écrivain, on lui doit divers récits autobiographiques et deux romans. Présentateur à la télé, animateur à la radio, il a devancé Dylan en proposant une série sur l'histoire du rock'n'roll. "Un bonheur!" Et depuis peu, les réalisateurs et les metteurs en scéne ont découvert... Dick Rivers l'acteur. "C'est pas trop tôt, je joue Dick Rivers depuis 1961!" Avec les regrettés Michel Serrault et Jacques Villeret, il a tourné dans Le Furet de Jean-Pierre Mocky. Plus fort encore, il a joué dans Les Paravents de Genet au théâtre national de Chaillot. "Je suis un éternel débutant."

L'entrevue finie, on a jasé longtemps, on y serait encore s'il n'y avait pas eu la suite de la promo à Québec le lendemain. Dick Rivers est un passionné passionnant. On a parlé de bédé, de Morris qui avait dessiné la pochette de l'album Mississippi Rivers. On a parlé de Brian Epstein, le gérant des Beatles, rencontré en 1965. On a parlé des albums que Rick Rubin a réalisés avec Johnny Cash à la fin de sa vie, de la version "bouleversante" d'If You Could Read My Mind, immortelle de Gordon Lighfoot. C'est l'approche qu'il souhaiterait pour son prochain album. Le dénuement. Il y travaillera avec Joseph D'Anvers, un fort en théme de la nouvelle génération d'auteurs-compositeurs. Album prévu en 2008. "Je viendrai le présenter, promis." Entre-temps, il aura remonté sur les scénes québécoises, en novembre au théâtre Olympia et au Capitole. "Je veux redevenir un familier."

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Collaborateur du Devoir

 

 

La derniére mise à jour de ce site date du 18/07/11

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