La pépite oubliée de Dick Rivers

Christian Eudeline / Critique Rock | Le 14/04 à 07:00, mis à jour à 10:00

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L’énigmatique « L’? », l’un des premiers concept-albums de l’histoire du rock français, signé Dick Rivers est sorti en janvier 1969. Echec commercial, il a acquis au cours des décennies le statut d’album culte. Cette bizarrerie qui ménage quelques bonnes surprises mérite d’être (re)découverte.

Décliné en onze chapitres, « L’ ? » aurait pu s’appeler « L’histoire d’un homme » ou encore « Le voyage extraordinaire de Monsieur X ». Dick Rivers est épaulé par le jeune Gérard Manset qui vient tout juste de connaître le succès grâce à son premier disque « Animal on est mal », Alain Legovic pas encore Alain Chamfort, Bernard Illous du « Système Crapoutchik » et Paul Piot pour son grand orchestre.

Enregistré en quinze jours au studio de Bernard Estardy (arrangeur de Nino Ferrer et Claude François), c’est une envolée lyrique, un voyage grandiose dans lequel le piano, les cordes et les percussions unissent leurs arpèges. Après une introduction calme, vient la tempête de la chanson « L’Interrogation » aux réminiscences grandiloquentes, telles que les groupes des années 1960 nous en proposaient : Procol Harum ou Moody Blues.

Ce disque est une œuvre ambitieuse. Dick Rivers reconnaît d’ailleurs quarante ans plus tard que ce disque était la « branchitude » totale de l’époque. « J’ai souvent été précurseurs de mon époque, mais à la différence de beaucoup d’autres je ne suis pas assez opportuniste pour le revendiquer… » Ceux qui ne connaissent de Dick qu’en chat sauvage ou marionnette des Guignols, seront étonnés de le découvrir dans cette réédition qui rappelle beaucoup « SF Sorrow » des Pretty Things ou encore « Tommy » des Who.

L’histoire est celle d’un certain Christian Barrow dont « les pauvres yeux tristes s’ouvrirent pour la première fois sur un monde d’escaliers métalliques d’un vert délavé et dont les murs des plafonds des pièces se couvraient d’un blanc laiteux comme l’est celui d’un œuf mal cuit… ». La voix de Dick nous fait découvrir toutes les facettes de son talent. Passant du blues ( « Le Condamné ») au folk ( « J’aime une fille »)  au débridé ( « L’Interrogation »), c’est une œuvre kaléidoscopique, qui parfois s’égare (avec même une incursion psychédélique) tandis qu’à d’autres moment tout s’emboîte parfaitement.

Il y a certes une grande part de naïveté dans ce disque mais les arrangements sont magnifiques ce qui empêche l’oeuvre de trop vieillir. Ainsi la ballade enchantée « Le Pays oublié » pourrait prétendre au statut de classique. L’album n’a pas obtenu de succès commercial, il a même été ignoré avant de devenir prisé des amateurs de bizarreries stylées. Tant pis pour la comédie musicale qui devait en être adaptée. « Mon public réclamait du rock pur et dur, j’allais en refaire bientôt. Mais ce disque reste l’un de ceux dont je suis le plus fier. Il n’ a pas vieilli car n’appartenant à aucune courant, il est indémodable. » L’énigme de « L’? » est enfin résolue.

 

Dick Rivers « L’ ? » (Warner



La dernière mise à jour de cette page date du 14/04/16