DICK RIVERS

 Agrandir  les images en cliquant dessus et les faire revenir à leur position intiale en recliquant .

        
 
 

ARTICLE EXTRAIT DU MAGAZINE "PLEINE VIE" DE JUILLET 2019

Au sortir de la guerre, le rock’n’roll perce comme un boulet de canon le cœur des petits Français. C'est bien d’avantage qu’une musique, plutôt un art de vivre, mieux, la promesse d'un nouveau monde et d'un avenir meilleur. Derrière les étals de la boucherie familiale, avenue de la République à Nice, Hervé Forneri, tout gosse, espère avec fébrilité le dimanche, jour de promenade dans la rade de Villefranche où s’est installée la garnison américaine. Là, le Coca-Cola coule à flots, les poches sont pleines de chewing-gum tandis que voltigent dans l'air des ribambelles de tubes rock'n’roll. Né quelques jours avant la fin de la guerre, le 24 avril 1945, Hervé collecte avec avidité les rares disques de Gene Vincent, Vince Taylor, Johnny Cash. Jerry Lee Lewis. Little Richard et, bien sûr, Elvis Presley avoir pu traverser l'Atlantique. A Nice, on pouvait voir des films américains en version originale .., se souviendra-t-il. L’Amérique, c'était le paradis. En plus du cinéma et de la musique, il y avait les voitures. Dans les années 1950, elles étaient belles, énormes, semblant sortir de ces films en technicolor avec milliardaires et blondesplatine Pour mot la liberté, la réussite, c'était "ça"

EN ROUTE VERS LA GLOIRE


Le désir d’Amérique est si tenace qu'à l0 ans, il entreprend d’embarquer clandestinement à bord d’un paquebot, la police marseillaise le
rattrape et son père ne le lâche plus d’une semelle.

Ce dernier le rêve médecin, mais, à l4 ans, Hervé sèche l’école et s’acoquine avec les frères Roboly, deux musiciens en herbe. Ensemble, ils montent un petit groupe et écument joyeusement les fêtes et kermesses de la région niçoise. Pas question de jouer les rockeurs sans un nom ciselé sur mesure: ce sera Dick Rivers, en hommage à un certain Deke Rivers, le héros du film Amour frénètique, incarné en 1957 par Elvis.

Mais Nice manque d’attrait pour qui rêve de faire carrière dans le rock, alors, à bord d'une vieille voiture, les apprentis vedettes taillent la route, bien décidés à conquérir Paris. Au détour d'un radio-crochet, début 1961, Les Chats sauvages voient le jour et ’décrochent un contrat chez Pathé-Marconi. Dick vient d'avoir l6 ans quand sort le premier super45 tours du groupe. Les Chaussettes noires, groupe créé quelques mois plus tôt par Eddy Mitchell. N’ont qu’à bien se tenir.

« Je n’ai jamais été accepté par la bande parisienne. Je suis resté le provincial »

LE TROISIEME HOMME


Mais qui dit rock dit rebelle, alors Dick envoie promener ses petits camarades et se lance en solo l'année suivante. Avec les meilleurs musiciens britanniques et le pianiste de jazz français Martial Solal, il enregistre son premier album solo: "Tu n’es plus là", adapté de Blue Bayou de Roy
Orbison, un succès! En toute liberté, au fil des années 1960, il adapte les Beatles, emprunte à la musique country et à la soul music, sans un ins-
tant se soumettre à la liturgie yé-yé. Intégriste du rock pur, il refuse de céder aux sirènes de la variété pour vendre davantage de disques et se
voit au passage exclu des temples cathodiques des Carpentier, Guy Lux et Drucker. Condamné à rester le troisième homme, le Niçois ne trouvera en effet jamais sa place dans la fratrie très parisienne des Hallyday-Mitchell. "C'était une forme de racisme [..J. Je n’ai jamais été acceptépar la bande parisienne. e suis resté le provincial. évoquera Dick Rivers en 1990, avant d'enfoncer un peu plus le clou en 2004: "Eddy est vieux
Johnny est devenu un 14 juillet, il n’ya plus rien d'artistique là-dedans. Un brin d'aigreur, sans doute, et, a minima, une souffrance comme en
témoigne le premier producteur de Dick. Jean-Claude Camus: "Johnny et Eddy n'aimaient pas beaucoup Dick Rivers. Ils l'ont toujours tenu à
l'écart. Dick en a souffert. Toute sa vie. Le rockeur lui-même se confie à ce sujet: J’ai souffert d'avoir été le troisième larron du rock français",
ajoutant qu’il ne fréquente jamais ses deux aînés.

DICK GARDE LA BANANE

Une mise au ban qui ne n’empêchera pas Dick Rivers de faire son chemin avec certain panache mais nettement moins de royaltie quand les années 1960 s'achèvent, que Johnny joue, de façon peu heureuse, les hippies à cheveux longs, Dick, lui, garde la banane. On le dit ringard, pourtant, il tient le cap et fait même preuve d'audace en enregistrant l'album le plus déroutant de sa carrière, celui dont il sera le plus fier,"L’lnterrogation", une sorte d'opéra expérimental imaginé avec Gérard Manset et Alain Le Govic, bientôt connu sous le nom d'Alain Chamfort,opus où se côtoient soixante-douze musiciens, un orchestre de cordes et vents, de la bossa, du flamenco et du rock psychédélique. L’audace ne
paie guère, le bide est retentissant.
En 1969, Dick vit toutefois ce que ni Johnny ni Eddy ne vivront jamais: une rencontre avec le King! Il a 24 ans lorsque, à Las Vegas, il se fau- -
file dans les cuisines de l'hôtel casino où chante Elvis et accède à sa loge. Une conversation de troisminutes dont Dick se souviendra comme le plus grand moment de son existence. La décennie du rock s’achève, le flower power fait des bourgeons et le public français lui bat froid. Heureusement, un coin d'Amérique, le Québec, lui réserve encore l’accueil le plus vif. Côté disque, entre 1972 et 1974, il se rapproche d'un jeune artiste, Alain Bashung celui-ci n'est pas encore l'homme de Vertige de l'amour, Gaby et Osez Joséphine mais bel et bien l’artisan de trois albums du chanteur des sixties
"Marilou". "Rock nroll Star" et "Maman n’aime pas ma musique" trouvent leur public. En 1976.il publie un album de country-rock, Mississippi River's, dont la pochette est signée Morris.le père de Lucky Luke et adapte dans la foulée Proud Mary, le tube de Tina Turner, sous le titre Roule pas sur le Rivers


FLIRT AVEC DE NOUVELLES AVENTURES



Pour nombre d'artistes des sixties, les années 1980 sont un long tunnel. Dick Rivers ny échappe pas, hormis avec le titre Nice baie des Anges qui, en 1984. Lui redonne un certain souffle. Mais Dick ne lâche pas la barre, il ose flirter avec de nouvelles aventures, par exemple, un album concept partagé avec Francis Cabrel et Liane Foly autour d’une créature imaginaire du cinéma des années 1950, une certaine Linda Lu Baker, très inspirée de Marilyn. Il explore aussi d'autres territoires où on ne l'attend pas: pendant dix ans, il conte l’Age d'or du rock sur RMC, il publie ses mémoires e deux romans, tourne à deux reprises pour Jean-Pierre Mocky ainsi que dans un téléfilm avec Virginie Efira

En 2007, et s’amuse même à prêter sa voix à Shere Khan dans Le Livre de la jungle 2 ou dans Arthur et les Minimoys de Luc Besson. Surprise Ultime, le voici dans les Paravents de Jean GENET, lui qui jure n’avoir vu au théâtre que « Oscar » avec Louis de Funes. Et la jeune génération n’oublie pas un nstant quel enfant du rock il est !

En 2006, elle lui rend hommage en participant à son nouvel album: :Benjamin Biolay, Matthieu Chedid, Mathieu Boogaerts. Mickey 3D..En 2018, c'était au tour de Julien Doré de l'inviter à reprendre avec lui Africa, le tube eighties de Rose Laurens. Un clin d’oeil qui lui fait plaisir, lui qui ne fréquente pas les soirées, n'attire pas les médias, ne fréquente pas les gens qui comptent. Aux sunlights du Tout-Paris qui scintille, il préférera jusqu'au bout de son chemin sa maison refuge de la porte de Clignancourt et les chevaux » de son ranch du Tarn-et-Garonne. Une vie tranquille auprès de Babette, sa compagne depuis a 1979, de son fils Pascal, réalisateur de documentaires, né de son premier mariage quand il n'avait que 19 ans. Le 16 décembre dernier, à l'auditorium du Thor (Vaucluse), celui qui disait être né sur scène donnait son dernier spectacle. La tournée devait reprendre prochainement, mais le cancer l'aura finalement précédée.

 Fulgurant et fatal. A l'hôpital américain, bien sûr.

 

                                                                                                                       

Exalead