DICK RIVERS

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Afin d'honorer comme il se doit la sortie de son nouvel album 'L'homme sans âge', excellemment concocté par Joseph d'Anvers, j'ai rencard avec Dick Rivers chez EMI dans le 18ème arrondissement de Paris, fief historique de l'intéressé. L'heure fatidique approche, mon palpitant s'affole car dans quelques minutes, je serai en tête à tête avec Dick Rivers, non je ne rêve pas, avec ce héros légendaire fait de chair et de rock, l'un des pionniers du french rock and roll, l'un des derniers francs-tireurs sinon le dernier... Dick arrive au rendez-vous, tout de noir vêtu, ponctuel, d'une élégance naturelle incroyable et d'un magnétisme extraordinaire. Les bottes de cowboy de chez Paul Bond, célèbre bottier de Nogales Arizona, bagues d'universités américaines à chaque main, la rock and roll attitude à tous les étages. Faut pas déconner quand même... Un look à jouer les premiers rôles dans 'Jackie Brown' de Tarantino. Une gueule à donner les meilleures répliques de Michel Audiard à un caïd du milieu reconverti en taulier de lupanar rangé des voitures. Mais arrêtons tout de suite les clichés et autres fantasmes à son égard, Dick n'est pas arrivé en Coupe DeVille des 50's, ni en chevauchant frénétiquement un quater horse texan à travers les rues de Paname. Les cheveux noirs d'Ebène, l'œil malicieux et observateur, une sveltesse que n'aurait pas reniée Steve McQueen dans 'Les sept mercenaires', décontracté, disponible, abordable, je réalise subitement que 47 ans d'une vie vouée au rock and roll viennent de prendre place face à moi. 47 ans d'une folle épopée qui force le respect. 47 ans gravés dans le marbre. Des Chats Sauvages à 'L'homme sans âge', de la baie des anges à Joseph d'Anvers... Dick était maintenant prêt à dégainer le bon mot, l'anecdote de bon aloi pour défendre bec et ongles son nouveau bébé, loin du rock and roll d'antan mais en plein dans la poésie à fleur de peau. La discussion pouvait alors commencer par la genèse. Toujours très disert le Alain Decaux du rock, aux antipodes des rock-stars vieillissantes, aigries, liftées et lîposucées, qui se noient entre paranoïa aiguë et égocentrisme notoire... L'homme sans âge est au dessus de tout ça !
Après l'album éponyme de 2006 réalisé par le née plus ultra de la nouvelle scène pop/rock française, Miro, Mickaël Furnon (Mickey ad), Benjamin Biolay, Matthieu Chedid... qui regardait Dick Rivers avec les yeux de Chimène, la rencontre avec Joseph d'Anvers s'est faite véritablement par hasard: Ça faisait un bon moment que Dick n'avait pas confié l'intégralité d'un album à un même auteur. Serge Koolenn dans les années 70 avait eu ce privilège avec des albums formidables, en plein trip rock and roll revival ou country music made in Bogalusa Louisiana, tels que 'Rock 'N' Roll Star', 'Mississippi River's, ou 'Je continue mon rock 'n' slow', qui débouchèrent sur les tubes incontournables de cette décennie : 'Maman n'aime pas ma musique', 'Faire un pont', 'Roule pas sur le Rivers', 'Grandis pas'... Entre schizophrénie et dédoublement de personnalité, je ne sais plus si je m'adresse à Dick Rivers ou à Hervé Forneri. Le spectre du Dr Jekkyl plane au dessus de ma tête : "J'ai déjà travaillé avec des auteurs qui faisaient tout l'album ou presque, mais c'était à une époque où l'on faisait beaucoup d'adaptations, des versions françaises de standards américains. Ce n'était pas pareil car c'étaient des histoires qui n'avaient rien à voir avec ce que je pensais au fond de moi-même. Je suis comme un acteur de cinéma auquel on propose un synopsis, si ça me plait j'y vais et après ça dépend du réalisateur, de l'angle des caméras, etc... Et moi, lorsque je chante c'est exactement pareil. Il y a un dédoublement de personnalité qui fait qu'il y aie chanteur Dick Rivers qui se met devant un micro et qui fait le Dick Rivers, et après il y a un mec qui s'appelle Hervé Forneri, qui est moi, l'homme sans âge et qui écoute son chanteur préféré avec lequel il est intraitable. Qui aime bien, châtie bien ! C'est vachement bizarre comme truc. Le seul moment où il n'y a pas de dédoublement de personnalité c'est lorsque je suis sur scène. A ce moment je rentre dans la peau de Dick Rivers et pendant deux heures, j'y vais... Je suis Dick Rivers. Alors que lorsque j'enregistre un disque, je ne suis pas le même. Ça peut paraître compliqué à comprendre. Peut-être parce que je n'écris pas ? Alors que pour mes amis, comme par exemple Francis Cabrel et autres, qui sont auteurs/compositeurs/interprètes, leur boulot est fini quand les chansons sont écrites. Et la phase studio, la phase création, je ne dis pas qu'elle est pour eux secondaire, mais elle est relativement secondaire dans le sens que pour eux, le plus gros du travail est fini quand les chansons sont écrites. Tandis que pour moi tout commence à ce moment-là. C'est-à-dire que j'ai accepté les chansons en tant qu'auditeur, en tant que Hervé Forneri et après c'est Dick Rivers qui les prend et qui essaie de mettre la petite cerise sur le gâteau, d'apporter sa personnalité, qu'on m'aime ou qu'on m'aime pas, car je dirais que l'une des rares qualités que j'ai, c'est que malheureusement je suis très reconnaissable... En studio je n'ai aucun repère. J'ai du métier et je considère ma voix comme un instrument et au bout de 47 ans, je sais la contrôler. Mais je jure sur ma tête que les émotions que j'éprouve lorsque je chante une chanson, bien ou mal, sont naturelles car je rentre complètement dans l'histoire et je m'approprie complètement le truc... D'autant plus que 'L'homme sans âge' est l'album que j'ai enregistré le plus rapidement depuis des années. Justement parce qu'on avait déjà vachement bien travaillé avec les maquettes. C'est-à-dire que j'étais complètement entré dans les histoires écrites par Joseph, à un tel point que beaucoup de journalistes pensent que quelqu'un a guidé ma main et que c'est moi qui ait écrit ces textes. Ce sont vraiment des histoires qui me ressemblent et que j'ai ressenties. " Après une énième Marlboro allumée avec cet amalgame si singulier entre virilité et raffinement inné, façon Humphrey Bogart sous le regard incendiaire de Lauren Bacall, Dick évoque 'Lola', cette pauvre Lola qui veut la lune. Mais avec cet album d'une sensibilité rare, notre crooner bien à nous, notre Elvis bien de chez nous pourrait bien la décrocher... :"II y a une chanson dans l'album qui est un film que je raconte et qui n'est pas une histoire personnelle, c'est 'Lola' (veut la lune). C'est la seule chanson sur les douze, qui est une très belle histoire, très triste, puisque c'est l'histoire d'une prostituée, qui n'est pas quelque chose de person­nel dans le sens de mon vécu.'" Ça faisait des lustres que Dick n'était pas allé trainer ses bottes  du  côté  de  Piccadilly Circus, Shaftesbury Avenue et de la Tamise. Après les studios I.C.P de Bruxelles et après l'avoir cru enraciné à jamais à Austin Texas, creuset du rock and blues, des margaritas frappées, des studios de Willy Nelson et patrie des frères Vaughan et des Fabulous Thunderbirds, le rocker niçois prenait tout le monde à contre-pied et traversait la Manche sur les tracesdes Sex Pistols, des Iroquois aux Doc Martens et aux boots Chelsea: "Lorsque je suis arrivé à Londres, j'ai eu l'honneur de travailler avec Bacon et Quarmby, qu'il ne faut pas oublier car 50% de cet album c'est quand même eux, par la magie de la réalisation... Ce sont des types qui ont fait des albums sublimes, comme le dernier disque des Pretenders, qui ont travaillé avec David Bowie, etc... Ce sont des types multicartes. Ils m'aimaient bien, je les aimais bien et pré-prod comprise, l'enregistrement a duré seize ou dix sept jours, jusqu'au dernier mix. Je n'ai jamais fait plus de trois prises sur un titre. Et très souvent la première prise était la bonne. Ça faisait très longtemps que je n'avais pas eu le talent des cordes anglaises qui sont reconnues dans le monde entier comme des sommités. Tu prends un titre comme 'Par delà les plaines' que j'aime beaucoup, j'ai du mal aujourd'hui à l'entendre sans les violons. Ce qu'il y a de fort dans cet album, c'est que toutes les chansons de Joseph, on peut les faire simplement avec une guitare et une voix. Ce sont des chansons qu'on peut faire en acoustique. D'ailleurs, les violons ont été rajoutés après, ainsi que les basses et la batterie qui ont été enregistrées après mon chant. Lorry Ciancia qui est le batteur, entre autres, de Ray LaMontagne, a joué en fonction du texte et en fonction de mon interprétation. Il n'y a que les batteurs américains qui font ça. Lorry tournait en rond, il écoutait et me demandait ce que je racontais et il jouait après. Pareillement pour Lucy Shaiv qui a joué de la contrebasse après mes voix et pour Kevin Bacon qui a joué de la basse électrique.' Ce n'est pas une fiction, ce n'est pas qu'un titre sorti tout droit de l'imaginaire de Joseph d'Anvers. Et si ce dinosaure du rock français qui a remonté des pentes tellement abruptes, à faire passer l'Alpe d'Huez et le Mont Ventoux pour une promenade de santé, était bien l'homme sans âge... En effet, ce personnage lui ressemble étrangement, lui ressemble tellement. Délire schizophrénique, on va tel Delon parler à la troisième personne, mais rassurez-vous, l'intéressé s'en amuse lui-même, toujours en décalage et en autodérision, jamais de premier degré. Alors, Hervé ou Dick ? Dr Jekyll ou Mr Hyde ?: 'L'homme sans âge est fragile, solitaire, il me ressemble. Il a plein défailles, il a peur de la mort. Il revient de longs voya­ges, de rencontres, il se retrouve sur le toit du monde où il regarde tous ces gens qu'il a rencontrés et ça ne l'empêche pas d'être seul. C'est complètement ma vie. Je n'ai que 62 ans, mais j'ai connu des gens hallucinants dans ma vie. J'ai connu Maurice Chevalier lorsque j'avais 15 ou 16 ans, j'ai dîné avec Georges Brassens, j'ai connu Jacques Brel comme tous les gens de ma génération. J'ai rencontré des monstres qui avaient bercé ma jeunesse mais il y en a beaucoup qui m'ont déçu, pas musicalement mais humainement. C'est ce que je dis dans toutes mes interviews, je n'ai pas eu d'adolescence, je suis passé de la bicyclette à la Cadillac sans rien au milieu. Je suis passé du flirt innocent à l'âge de 14 ans dans les surprises-parties à des salopes ! Disons la vérité... Je suis passé de la bouteille de bière familiale qu'on buvait en cachette à la maison au Champagne qui coulait à flots. J'ai appris ma vie et mon métier à l'envers et je considère qu'avec 'L'homme sans âge' je suis entré dans l'âge adulte. Jusqu'à maintenant, j'étais adolescent. Peut-être grâce à Joseph ? Et dire que ce mec ne me connaissait pas. Ce n'est pas une groupie, ce n'est pas un fan, il me connaissait, comme j'ai la pré­tention de dire, comme tout le monde, il n'avait pas de clichés comme on l'a fait volontairement avec Mickey 3d pour 'Ode à Dick' et 'Elvis avait l'air d'un ange', des chansons que je cautionne, c'était du second degré. Lui m'a vraiment compris comme si c'était un ami de plusieurs dizaines d'années qui connaît le vrai Dick, Quant à 'L'homme sans âge' dans le texte, on voit vraiment le dédoublement de personnalité entre Hervé Forneri qui disparaît au profit de Dick Rivers. Si cet album a, je ne dispos le succès commercial, même si tout le monde souhaite un succès commercial, mais disons que s'il a le succès d'estime que je lui souhaite, parce qu'il le mérite, c'est très difficile de parler de soi-même, mais je pense que c'est vraiment un très bel album, dans lequel je ne suis qu'un tiers, tout le reste c'est le travail de Bacon et Quarmby, le travail d'auteur/compositeur de Joseph d'Anvers... alors si cet album a donc le succès qu'il mérite et si on oublie enfin le personnage de Dick Rivers qui est très fort au profit de l'interprète, il est évident qu'il y aura une suite à la collaboration avec Joseph d'Anvers. Pour l'anecdote, lorsqu'il m'a composé 'La voie des anges', ma première réaction était de lui dire, non je t'en supplie, j'en souffre trop de cet américanisme et tout ça, il est le lonesome cowboy, etc... Et Joseph me répond: "Attends, mais c'est une image de cinéma, c'est la mort". En réalité, on peut prendre ce titre comme un morceau western, mais c'est l'histoire d'un type qui a vécu et qui est en train de voir le crépuscule arriver et de mourir. C'est l'image d'un cavalier et on attend le mot 'fin', 'thé end'. On a pourtant essayé de changer la phrase, d'enlever le lonesome cowboy, mais ça ne collait pas du tout. Tous les titres de l'album sont des sentiments que je ressens. Par exemple, 'Par-delà les plaines', au premier abord on peut imaginer une grande fresque avec les violons, mais en réalité c'est une histoire sur la migration des peuples. Ces gens qui s'en vont loin de chez eux pour gagner leur vie, pour nourrir leur famille et quand ils reviennent un jour, ils sont complètement cassés, les femmes ont vieilli et elles pleurent quand les hommes leur reviennent car elles ont vécu des tas de choses, qu'elles n'ont pas vécu en couple. C'est un très bel album et je remercie beaucoup Joseph, Bacon et Quarmby d'avoir mis leur talent à la disposition de ma voix.' Tous les observateurs sont unanimes, le parallèle entre Dick et Johnny Cash, aussi bien physique que musical s'impose. Toujours ce satané dédouble­ment de personnalité ou bien réincarnation de l'ex Chat en l'homme en noir originaire de l'Arkansas, qui à la fin des sixties alla distiller sa country music derrière les barreaux de Folsom Prison et de San Quentin. Que nenni, que nenni...: "La différence entre la collaboration entre Rick Rubin et Johnny Cash et ma collaboration avec Joseph, c'est que Rick a pris des chansons existantes, U2 par exemple et il a fait chanter ces chansons par Johnny Cash avec la personnalité de Johnny Cash. Pour moi, ce n'est pas pareil. Joseph m'a fait du sur mesure.  Ce sont toutes des chansons inédites. Honnêtement, je pense que c'est à la fois plus compliqué et plus magique. On me parle beaucoup de lui mais je dois avouer que je n'ai jamais été un grand fan de Johnny Cash. Je parle du début. Même s'il était catalogué dans la famille Sun Records avec Elvis Presley, Jerry Lee Lewis ou Cari Perkins. Je connaissais évidemment 'I walk thé Une', 'Ring offire' et quatre ou cinq titres incontournables de Johnny Cash, mais il n'était pas un chanteur que j'écoutais souvent. Pour moi, Johnny Cash à l'époque était quelqu'un qui pour moi chantait faux... Je ne supporte pas la fausseté et j'ai le même problème avec Bob Dylan, que je connais et que je respecte, mais en concert ce n'est pas d'une grande justesse et ça méfait mal aux oreilles. Ce n'est pas une question de qualité. On n'a pas le droit de critiquer Bob Dylan ou même Johnny Cash... Je trouve que Rick Rubin a mis en avant la voix de Johnny Cash et même si par moment ce n'est pas d'une grande justesse, il a mis en avant l'interprétation de ce mec, sa sensibilité." Après Dr Jekkyl et Mr Hyde, Dick se prend maintenant pour un vampire. Je savais que le blues était la musique du Diable, mais je ne savais pas que les rockers étaient tous des suppo de Satan. N'a-t-il pas chanté 'Via Lucifer' et 'Lucifer Rock'... Alors, Dick Rivers ou Comte Dracula ? Je sors mes gousses d'ail et mes crucifies: "Ma rencontre avec Joseph d'Anvers est un signe du ciel. Je crois beaucoup aux miracles du destin, aux rencontres miracles. Je suis une sorte de vampire ! Je suis un opportuniste et j'ai besoin de me nourrir des rencontres et des gens. J'aime les gens. J'ai besoin de sang nouveau (quoi de plus naturel pour un vampire !). J'espère que cet album va conquérir toute une nouvelle génération qui va peut être enfin me découvrir véritablement et sortir un peu du personnage Lucky Luke. Personnage que je revendique aussi car tout ce que j'ai fait dans ma vie je ne le regrette pas. J'aime plaire, j'aime les gens et j'aime être aimé. Et je pense que c'est aussi l'un des secrets de ma longévité. Le public le sent... Je suis un grand curieux, un boulimique de musique (s) qui ne regarde jamais derrière lui, même si mon parcours a été jalonné de rencontres extraordinaires qui m'ont nourri. Et je pense surtout que je suis un éternel débutant, car mes pairs dans le monde du show-business ne m'ont jamais véritablement reconnu. Je n'ai jamais été véritablement aidé. Je ne dis pas que je me suis fait tout seul, mais je me suis fait avec le public.'" Encore une fois, halte aux stéréotypes réducteurs, car même s'il est tombé dans la marmite du rock and roll étant gamin, Dick n'écoute pas qu'Elvis, Eddie Cochran, Gène Vincent et autres pionniers mythiques qui auront bouleversé sa vie (et certainement la notre). Son rythme cardiaque ne bat pas au son de 'Hound dog' ou 'Gréât balls offire'. L'intéressé n'est pas né à Beale Street et il ne dort pas avec un Teppaz à portée de main et un pot de gomina dissimulé sous son oreiller :"Je suis un passionné de musique (s) et mes goûts sont très larges, de Pavarotti à Willy Nelson en passant par Pearl Jam... Je ne suis pas raciste dans la musique. A partir du moment où la musique me touche, j'essaie de savoir pourquoi, comment et j'essaie défaire du Dick Rivers tout simplement. Je ne pense pas que je chante comme un français. Ce sont des amis anglais et américains qui m'ont dit ça. C'est ça qui fait aussi la différence, car je chante en français, j'apprécie la langue française, mais je ne pense pas que ma façon d'interpréter soit franco-française. Sinon en ce moment, comme tout le monde, je suis en train de découvrir le dernier album de Coldplay, j'écoute le dernier album de Joseph d'Anvers 'Les jours sauvages' qui est sorti une semaine après le mien, j'ai beaucoup aimé Amy Winehouse et je suis donc impressionné aussi par Duffy, mais ça m'a permis de redécouvrir une chanteuse que j'avais connue à Austin Texas et qui était à la base de tout ça, qui s'appelle Lou Ann Barton. Elle est très méconnue en France, elle est originaire d'Austin, c'est une chanteuse blanche qui faisait déjà cette musique que moi j'appelle rhythm and blues. Mais attention, le vrai rhythm and blues, pas le R&B actuel ! Lou Ann Barton est hallucinante, même si sa musique est moins bien produite que Winehouse, mais c'est le même genre de voix à la Brenda Lee... Honnêtement, pour les vieux cons comme moi, quand Amy Winehouse est sortie, j'ai trouvé ça formidable car ça m'a rassuré sur la musique. J'étais heureux que les jeunes adhèrent à cette musique. Même si j'avais déjà entendu ce style bien avant et que ce n'était pas révolutionnaire pour moi. Sur scène, elle déchire et elle est déchirée ! Par contre, si j'adore la musique de Lou Ann Barton, humainement elle est à chier, elle est tout le temps bourrée...Humainement, elle n'est pas passionnante. "Même si sans conteste la France était le mauvais pays pour Dick, que le public n'a pas toujours répondu présent au rendez-vous que lui donnait l'artiste, Dick ne regrette rien et il demeure un homme du présent, mais surtout de l'avenir. A l'opposée des passéistes nostalgiques, il ne renie rien de toutes ces années passées sur fond de rock and roll. En effet, n'oublions jamais que Dick a fait preuve d'audace en 69 avec 'L'interrogation', une comédie musicale avant-gardiste avec la participation exceptionnelle de Gérard Manset, qu'il a été le premier à refaire du rock and roll authentique avec des albums devenus cultes comme 'Dick 'N' Roll' et 'The Rock Machine' au début des années 70, pendant que son ami Johnny Hallyday ratissait très large en abordant le mouvement hippie des fleurs dans les cheveux et que Eddy Mitchell sombrait dans la variété sirupeuse bien loin du style de son idole de toujours Gène Vincent. N'oublions jamais qu'il a fait beaucoup pour la notoriété de la véritable country music avec des albums casse-gueu­le et couillus dans la langue de Shakespeare comme 'Rockin' Along...The River's Country Side', ou 'The Dick Rivers Connection', qu'il a rendu hommage à Buddy Holly avec brio avec deux somptueux opus made in Austin Texas, sans que son initiative passe pour une vulgaire plaisanterie, etc... :qui n'ont pas marqué les gens au niveau que ça aurait dû être. Buddy Holly est un truc formidable, car ça m'a permis de connaître Austin, de rencontrer des gens exceptionnels comme Charlîe Sexton, de connaître des musiciens absolument extraordinaires qui me respectent et que je respecte. Ma vie est faite de pierres qui se mettent les unes sur les autres, comme lorsqu'on construit un mur. Vraiment, je le répète, je suis un éternel débutant et je suis tout le temps à la recherche de sentiments nouveaux, de surprises... C'est peut-être ça 'L'homme sans âge' qui me permet de rester jeune, cette perpétuelle recherche de la perfection qui n'existe pas. Ma vie c'est plaire aux gens, depuis mon premier disque avec les Chats en 1961 qui est sorti le jour de mes 15 ans, j'ai toujours cherché à plaire et à me plaire, sans faire trop de concessions. Des concessions, je n'en ai pratiquement pas faites dans ma vie. Des erreurs, oui comme tout le monde, mais je n'ai pas fait de concessions. De plus, je me suis toujours entouré de gens jeunes, même si on remonte en 68-69, un mec comme Gérard Manset était vraiment hors des sentiers battus pour l'époque. Après il y a eu un mec comme Alain Bashung qui a réalisé mes disques au début des années 70, pour arriver jusqu'à Mickey 3d, M, Miro... pour l'album précédent, et bien entendu Joseph d'Anvers pour 'L'homme sans âge'. Par contre, il y a un mec que j'adore et que je voulais dans l'album précédent car je trouve qu'il écrit merveilleusement bien, c'est Miossec. Mais honnêtement, je ne sais pas si Miossec serait entré dans mon univers comme est entré Joseph d'Anvers. Je ne sais pas ? Ce qui est évident, c'est un album qui a été fait par la seule et même personne, donc il y a une homogénéité, il y a une uniformité.'Alors Dick, vieux sage de la musique gorgée de feeling, prophète du rock and roll tous azimuts, homme sans âge dénué d'Etat civil, que voudrait-il graver dans le marbre, laisser à jamais à la postérité et à la nouvelle génération montante :"Le respect ! C'est mon cheval de bataille. Je respecte les gens et je me bats depuis 47 ans pour être respecté. Ce que j'ai fait, je l'assume et plus particulièrement cet album, mais le plus important dans la vie, quelque part, c'est d'avoir été respecté. Pourquoi je m'entoure déjeunes ? Car ils sont pleins d'espoir et de créativité. Ce sont leurs rêves qui me gardent jeune. Je suis un éternel rêveur. Pour moi, l'important c'est aujourd'hui et demain. Je suis quelqu'un de Vert/ Dick' comme dirait mon ami Antoine de Caunes, alors des concessions dans ma profession, oui, car je fréquente des gens qui ne sont pas toujours des gens que j'aime bien, mais des concessions musicales, non ! Et je pense que la nouvelle génération m'aime bien grâce à ça. Moi, j'ai plus de problèmes avec les médias faussement branchés ou réellement branchés, bien qu'avec cet album pour le moment je touche du bois, j'ai l'impression d'entrer dans la 'branchitude'... Je n'ai aucun problèmes avec le public, ni avec les gens intelligents. J'ai des problèmes qu'avec les cons  Merci Dick pour ce moment intense et merci d'exister tout simplement. Ce mec est un exemple pour tous les mômes qui démarrent dans la musique. Une légende plus vivante que jamais. Quelle carrière et quel vécu. Total respect ! En espérant que 'L'homme sans âge' ne restera pas un album confidentiel comme le précédent de 2006 et que le lonesome cowboy gagnera rapidement l'horizon ensoleillé des braves par la voie des anges gardiens de cette vie terrestre qui fort heureusement, nous réserve encore de bonnes surprises musicales. Dick n'a pas besoin d'avoir une Laetitia en couverture de toute la presse people pour exister. Il a sa Babette, aussi belle et précieuse que discrète et ça lui suffit amplement. Dick n'a pas besoin d'hurler les mérites d'une célèbre marque de lunettes avec la sincérité d'un chirurgien esthétique brésilien pour promouvoir son nouvel album. Comme dirait son ami Didier Wampas, "Dick est la personne la plus rock and roll en France et en matière de rock and roll", Didier sait de quoi il parle. Tout est dit...

Interview réalisée le 26 juin 2008 par Serge Sciboz

 
 
 
 
 

                                                                                                                       

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