FRANCIS CABREL ET DICK RIVERS AU CIRQUE ROYAL

WYNANTS,JEAN-MARIE

Mardi 30 octobre 1990

Francis Cabrel et Dick Rivers au Cirque Royal

Deux potes sur scène et le bon vieux temps du rock'n'roll

On s'est tellement habitué ces dernières années au circuit obligatoire 45 tours, album, promo télé, concert, qu'on est tout étonné lorsqu'un artiste, sortant de ce schéma préétabli, décide de s'offrir une petite tournée juste pour le plaisir. Lorsque cet artiste se permet en plus de ne pas interpréter un seul de ses titres, préférant reprendre des vieux machins qui ont fait chanter et danser des générations, on voit bon nombre de joyeux lurons du show-business, se frapper la tempe de l'index avec un air entendu. C'est pourtant ce qu'ont décidé de faire Francis Cabrel et Dick Rivers avec leur tournée «Rock'n'roll show».

Il y a déjà un bout de temps que ces deux copains de longue date s'observaient, hésitaient et se disaient qu'un jour ou l'autre... Ce jour, c'est probablement Dick Rivers qui le craignait le plus. N'étant plus monté sur scène depuis des années, le troisième rescapé de la glorieuse époque des débuts du rock français (avec John-ny et Eddy) se payait un trac monstrueux à l'idée de se retrouver à nouveau face au public. Cabrel, de son côté, avait envie de tenter le coup. Après le spectacle de l'Olympia, consacré aux 25 ans des Beatles, auquel Dick Rivers participait, Francis proposait à son pote de remonter sur scène et de s'offrir une petite virée en duo. Un premier essai en 89 à Champs Elysées pour un «Summertime Blues» d'anthologie et la machine était sur les rails.

Un an plus tard, après des répétitions intensives et quelques reports, le «rock'n'roll show» est enfin là. Dans la petite salle de la Cigale, les spectateurs attendent calmement le début du spectacle. A 21 heures, les musiciens prennent place et lancent un instrumental d'intro. Jouant les Monsieur Loyal, c'est Francis Cabrel qui fait son entrée en scène et chauffe la salle avec des Quel genre de musique aimez-vous?, dans la plus pure tradition rock'n'roll. Et c'est parti pour Rip It Up et Roll Over Beethoven. Rivers, visiblement contracté, a conservé intacte sa voix chaude et puissante. Le temps de remercier Cabrel pour l'avoir poussé à remonter sur scène et c'est reparti avec Twenty Flight Rock. Dick le maudit, visage au couteau à la Mink DeVille occupe le devant de la scène. Cabrel, discret, se contente de l'accompagner à la guitare. My Baby Left Me, un petit coup de blues, Jailhouse Rock à deux voix et voici le premier grand moment de la soirée: C'est la vie d'Emmylou Harris où les voix aussi dissemblables que complémentaires des deux chanteurs se mêlent admirablement. Dick Rivers enchaine ensuite avec Hello Marylou (petit hommage à Ricky Nelson), Treat Me Nice et termine sa série avec un slow qui tue. L'ambiance monte d'un cran avec Wake Up Little Susie où les deux voix parviennent à faire oublier les Everly Brothers et Summertime Blues qui donne à Cabrel l'occasion d'imiter Johnny dans la version française.

Très décontracté, le gascon s'amuse visiblement, plaisante et dialogue avec le public. On n'est pas là pour vendre du disque mais pour prendre du bon temps. Good Golly Miss Molly, Dream, Dream, Dream et Return To Sender préparent le terrain pour un Not Fade Away délirant où Cabrel rend à Buddy Holly ce que les Stones se sont appropriés et ont popularisé. A la batterie Christophe Deschamps s'en donne à coeur joie et le final vire au grand délire psychédélique avec orgue (Gérard Bikialo) en avant et déluge de percussions (Slim Batteux). Guy Delacroix assure à la basse et Patrick Bourgoin fait hurler son sax comme jamais. Cette fois, le concert est vraiment lancé, la salle est debout et l'ambiance ne faiblira plus. Keep On Knockin' en duo, un blues d'enfer ou Denis Lable se montre parfait à la guitare, un formidable Heartbreak Hotel, un petit tour du côté de Memphis Tennessee, That's Allright Mama, Hound Dog explosif et le duo rejoint les coulisses après une heure et quarante minutes de rock pur jus. Rappel: un petit blues, All Shook Up et une version en traduction simultanée de John-ny Be Good aussi drôle qu'enlevée.

Sans prétention, juste pour le pied, Cabrel et Rivers nous ont offert une soirée sympa à la sortie de laquelle les sourires des spectateurs font plaisir à voir. Rien de neuf, ni de révolutionnaire, juste deux potes et quelques musicos qui font le boeuf pour les copains. Rock'n'roll quoi...

JEAN-MARIE WYNANTS

 

Au Cirque Royal, le 31 octobre à 20 h 30.

 

La dernière mise à jour de cette page date du 03/02/14

Dick Rivers