DICK RIVERS

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Dick RIVERS -  L'homme Sans Age (2008)
 Par ERWIN le 2 Novembre 2018 
 
 

La carrière du troisième mousquetaire du rock français se poursuit dans une certaine indifférence de la part des médias, mais la fan base de Dick RIVERS continue de le suivre et de le supporter, ainsi que le prouve les nombreuses apparitions de Didier l'Embrouille joué par Antoine De Caunes sur canal plus. Dick n'a certes rien à prouver, mais l'envie d'un artiste ne se mesure pas au nombre d'albums qu'il vend. A l'abri du besoin depuis les années soixante, le rockeur crooner peut donc continue d'aligner les albums avec constance. Vous allez me dire : "Mais c'est du Dumas"! Et je vous rétorquerai que vu les compos du disque, non, ce serait plutôt du BASHUNG ! C'est le jeune compositeur Joseph d'Anvers qui lui offre les compositions de cet album, enregistré à Londres. Le ton général est, on s'en serait douté, au temps qui passe.

Commençons donc par les bonnes surprises. "L'homme sans âge" avec son rythme crépusculaire et son chant désabusé. On navigue sur des eaux proches de l'immense Alain BASHUNG. Un parallèle qui s'est établi lors de leur collaboration du début des seventies et qui a marqué Hervé Forneri au fer rouge. La guitare nimbée de reverb et d'écho, jusqu'à l'ambiance presque glauque qui s'impose avec évidence, terrible ! "La première heure", toute de lancinance et de reptation, convoque des sensations de mal être dans la filiation totale des compositions du compositeur de "Madame rêve". Le titre "Par-delà les plaines" évoque plutôt les grands espaces américains. Une guitare folk y narre les rapports simples entre hommes et femmes. Une belle ligne mélodique enrichie d'une orchestration sans faille.

Quand on est originaire de Nice, les anges sont souvent de la partie. On ne s'étonnera donc pas de trouver ici un titre à leur gloire : il s'agit de "La voie des anges" au ton presque fausset par instant. Il chante le "lonesome cowboy" en forme d'hommage à Lucky Luke, lui qui bénéficia des services de Morris en 74 pour la pochette de l'album Mississipi Rivers. Ma foi, c'est plutôt réussi même si on ne percute pas forcément le délire. Harmonica et lap steel se mixent et paraissent alors les grands décors naturels américains chers à Dick. Profession de foi revendiquée, "Les bras des femmes" évoquent la passion première de la vie du chanteur, avant la musique - Comme tout un chacun ai-je envie de dire ? -. Le joli texte esthétique va de pair avec la lente mélodie fort évocatrice de l'importance du genre féminin pour monsieur RIVERS. Et la légendaire voix veloutée ne faiblit pas un instant.

L'orgue d'église de "Gagner l'horizon" et sa guitare folk me rappellent certains moments de Francis CABREL, un de ses grands copains. L'urgence déclamatoire de "Attache-moi" peut cependant rappeler une composition de NOIR DESIR. On est loin de la variété avec Dick, contrairement à ses potes Johnny et Eddy... finalement ! Eh oui ! Tout ceci est bel et bien rock ! "Je reviens" est d'une simplicité limpide avec sa guitare frustre, et pourtant il règne ici une forme de sophistication qui rappelle Johnny CASH dans le cadre des American Recordings. Il faut ajouter que la voix de Dick RIVERS est toujours aussi belle. Avec un refrain plus sympa, ce titre aurait été un flambard.

Si l'opus entier tourne autour d'atmosphères sombres et éthérées, systématiquement crépusculaires, cela peut aussi devenir un brin redondant. Rien d'extraordinaire, Chris ISAAK lui-même a fait les frais du style pratiqué, il est difficile de se renouveler avec brio en permanence. Ainsi "Sur le toit du monde", "Les braves" ou "Mon homme" - aux paroles hermétiques - jouxtent plus la variété popisante que le rock. Je rajoute, étrangement, que "Lola" m'évoque plus certaines ambiances bubblegums d'INDOCHINE que le rock élaboré façon BASHUNG.

Cet album satisfera sans souci les fidèles de Dick RIVERS. La voix de l'artiste n'a pas bougé d'un iota et donne à l'ensemble un lustre très recommandable. On ne peut que constater, malgré les années, que Dick est resté droit dans ses santiags, loin des compromissions d'une variété parfois trop mainstream pratiquée par ses principaux concurrents. En cela, il faut lui reconnaître une sacrée longévité ! Un 3 solide.

                                                                                                                       

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