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Article parue dans la revue BCR

Dick Rivers Platinum Collection

 



A l'ére du formatage artistique, des peoples m'as-tu-vu et fastidieux et du train de vie bling bling de nos dirigeants en parfaite inadéquation avec la réalité quotidienne, la majorité du public éprouve en ce moment un vital besoin de recherche d'authenticité Very Dick et de talent dénué d'édulcoration superflue. Ce qui explique certainement en majeure partie l'immense succés du film de Dany Boon Bienvenue chez les Ch'tis et l'incroyable longévité d'un artiste tel que Dick Rivers, à la foi inébranlable. Héros légendaire de la sempiternelle sainte trilogie du rock and roll français, survivant des sixties ayant traversé presque cinq décennies, parfois contre vents et marées en empruntant des routes sinueuses mais ô combien exaltante, mais toujours droit dans ses bottes sans jamais faire de concessions suspectes, le regard franc, la banane vaillante et les bagouses imposantes, Dick Rivers fait indubitablement partie du patrimoine musical national. Dick est un peu comme un membre de notre famille qu'on s'arrache pour l'avoir toujours à sa table lors d'un événement important. Un proche qu'on oublie parfois mais vers qui on revient toujours les jours de spleen à la recherche de sincérité perdue. Comme un vieux rock and roll enfouit dans un coin de notre mémoire qui resurgit comme par magie. Comme un vieux vinyle oublié au fond d'un carton et qu'on redécouvre des années plus tard avec stupéfaction, car ce vieux vinyle en question semble s'être bonifié avec le temps et malgré les craquements des sillons, nous fait plonger corps et âme dans un bain de jouvence salvateur. Comme malheureusement de nombreux albums cultes de l'ex leader des Chats Sauvages n'ont toujours pas été réédités en CD, comme notamment Rock 'N' Roll Star de 1974, Mississippi River's de 1975, Dixie de 1977 ou encore Rock 'N' Roll Poéte de 1983, EMI a eu la judicieuse idée de sortir un coffret Platinum Collection de trois CD's, proposant 64 titres allant de 1962, juste aprés le divorce avec les Chats à 2006 et l'album éponyme, qui hélas n'a pas rencontré le succés escompté en raison d'un manque évident de promotion. A ce sujet, le colis postal contenant la galette de Dick à destination de Michel Drucker s'est certainement égaré ! En effet, l'impartial et gentil dinosaure de France Télévision et de nos dimanches aprés-midi, à l'éternel look de gendre idéal est resté sourd et aveugle à cette 'Ode à Dick' faite par la nouvelle génération pop-rock française. Décidément, on ne peut plus faire confiance à la Poste et au service public en général… Tous les styles musicaux qui ont fait le succés de Dick et le bonheur de ses nombreux fans sont ici représentés : rock and roll, country music, blues, rhythm and blues et variété de qualité (dans ce cas, le terme 'variété' n'a rien de péjoratif, bien au contraire). Chaque décennie traversée avec allégresse a eu son lot de titres incontournables et de morceaux de bravoure. Et parmi les 64 titres proposés, on peut citer : Baby John, Tu n'es plus là, Rien que toi, Va t'en va t'en, Viens me faire oublier pour les années 60, Marilou, Hey Mamy, Maman n'aime pas ma musique, Jambalaya, Faire un pont, Je continue mon rock 'n' slow, Roule pas sur le Rivers pour les années 70, Vingt deux les v'là, Cinderella, Les yeux d'une femme, Nice baie des anges, N'en rajoute pas mignonne, Ainsi soit elle pour les années 80, Plein soleil, Le Montana, Mauvaise fille, Oh ! Maman merci, Dans le ghetto, pour les années 90, La partenaire, La vie qui roule, T'avoir perdue, Amoureux de vous, Le mauvais joueur, Ode à Dick, Elvis avait l'air d'un ange, La chanson des adieux, Les yeux bleus (pleurant sous la pluie) pour les années 2000. Quel parcours pour ce rocker niçois dont la vie a basculé en découvrant Elvis Presley avec Heartbreak Hotel. Que de souvenirs inoubliables et que de rencontres 'historiques' qui auront apporté leur contribution de prés ou de loin à cette fantastique épopée Riversienne : Le rock 'n' twist des Chats Sauvages, la révolution sociale des 60's, le Palais des Sports de Paris à feu et à sang, Elvis, Cliff Richard & les Shadows, les Krewkats, les Gladiators, Gérard Manset, Tommy Brown, le groupe Labyrinthe, Alain Bashung, Pierre Billon, Serge Koolenn, John Lennon et Paul McCartney, James Burton, Albert Lee, Chris Spedding, Charlie Sexton, Didier L'Embrouille, Le Baron Bleu, Patrick Coutin, Axel Bauer, Mickey 3d, Miro, Benjamin Biolay, Peter Kingsbery, Franck Ridacker, Mitch Olivier, Kevin Bacon, Jonathan Quarnby, Bogalusa Louisiane, Austin Texas, Londres, le Canada, des tournées épiques sous des chapiteaux survoltés les pieds dans la boue, les jours heureux, le come-back à Bobino, le concept 'Autour du Blues', la rock and roll attitude à son paroxysme… Au regard de toutes ces années écoulées sur un tempo d'un rock and roll endiablé, il n'est pas usurpé d'affirmer que Dick Rivers, outre le fait qu'il posséde une voix hors du commun (un Stradivarius à la place des cordes vocales !), a toujours eu le souci paranoïaque de la perfection, le souci obsessionnel de s'entourer des meilleurs musiciens du moment, qu'ils soient anglais, américains ou français et qu'il demeure encore aujourd'hui le plus doué de sa génération, le plus avant-gardiste sur son époque et aussi le plus audacieux. Peut-être que cette attitude lui aura été parfois injustement néfaste en raison de l'incompréhension des médias (voire parfois du public), alors que ses collégues mais néanmoins 'amis' que sont Johnny Hallyday et Eddy Mitchell (entre autres…) sont souvent restés bien calés dans les sentiers battus qui conduisent au succés, sans prendre le moindre risque artistique (ou presque), qui peut dans certains cas engendrer une sorte de roulette russe avec une cartouche dans chaque trou du barillet, une roulette russe relative au degré de notoriété et au quotas des ventes de disques. Surtout au sein d'un pays qui manque singuliérement de culture musicale et qui n'est pas d'obédience rock 'n' blues… Alors que les ricains eux, ont été biberonnés aux disques de Slim Harpo, John Lee Hooker, Buddy Holly, Eddie Cochran, à la country music, à la soul… Et lorsque je vous aurai dit que ce Platinum contient un luxueux livret concocté par Alain 'Duvalex' Duval, une authentique encyclopédie vivante des musiques d'outre-Atlantique et le biographe attitré de Dick, agrémenté de nombreuses photos, un titre inédit en bonus track signé Mathieu Boogaerts, il ne vous restera plus qu'à acquérir d'urgence ce petit bijou de feeling, de droiture et de bonheur simple mais intense, qui retrace une petite partie de la longue et prolifique carriére de Dick Rivers. Une carriére aux antipodes des impostures notoires et du copinage sans scrupule avec le gluant show-biz. En attendant avec impatience L'Homme Sans Age, le nouvel opus de Dick enregistré cet hiver à Londres, écrit et composé par Joseph d'Anvers (sortie prévue le 16 juin), comme une nouvelle pierre à l'édifice de ce monstre sacré. Ouf, il était temps de sortir de ce marasme musical qui hante la petite lucarne et les ondes FM. Merci Dick d'exister, la légende continue…


SERGE SCIBOZ

 

La derniére mise à jour de ce site date du 18/07/11

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