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Article parue dans tdg.ch

Dick Rivers: «T’as du 100% légende devant toi!»

 L’indémodable Dick Rivers se produit samedi à Nyon. Rencontre.

 

Dick Rivers. Pas loin d’un demi-siècle de carrière et toujours droit dans ses bottes.



 

On le reconnaît de loin. Manteau noir et cheveux corbeau, lissés avant-arrière en un brushing chromé comme une aile de Cadillac. Démarche de marlou qu’accentue le port canaille de la cigarette. Et les boots, évidemment.

Aimerait-on éviter de fixer trop lourdement ses santiags, si évident cliché rock’n’roll, que Dick Rivers ne nous laisserait pas le choix: il désigne illico son pied droit pour s’excuser de boiter un brin, la faute à une sortie de scène tumultueuse, l’avant-veille, où le rocker de 63 ans a cogné par mégarde un retour d’ampli. Mais même atrophié, le pied de Dick Rivers ne se logera jamais dans une basket.

Premier disque à 15 ans

«Tu me fais beau, hein? T’as du 100% légende devant toi!» L’ancien Chat sauvage se marre. La séance de pause est l’occasion de déterrer avec le photographe quelques souvenirs d’un enregistrement en Louisiane en 1975. Enchaînement d’anecdotes… Dick Rivers avouera peu après refuser de vivre dans le passé autant qu’il rit de son statut de mythe français du rock’n’roll. Mais les faits sont là: avec Johnny Hallyday et Eddie Mitchell, le Niçois a injecté le virus de la guitare électrique au pays de De Gaulle. «Mon premier disque est sorti le jour de mes 15 ans! Le 24 avril 1961.»

Presqu’un demi-siècle plus tard, il monte toujours sur scène et fait encore des disques. Le dernier, le remarquable "Homme sans âge", est paru l’an passé.

A quelle page, dès lors, s’ouvre une encyclopédie? Par où empoigner le bonhomme au visage sans rides, aux cheveux peignés, à la fringue impeccable? Contre toute attente, c’est Dick lui-même qui dévoile immédiatement son jeu. «Je suis un personnage, j’en suis parfaitement conscient.

J’ai créé Dick Rivers début 1961. D’un claquement de doigts! Mais aujourd’hui, si je signe Hervé Forneri, mon nom de baptême, j’ai l’impression de faire un faux.»

Idole des jeunes à l’époque yé-yé puis, dans le désordre, baladin suave, ambassadeur rock’n’roll, inventeur de zones improbables entre country américaine et variété «à la française», Hervé Forneri a investi un costume plus grand que lui. Une seconde peau avec son lot de caricature et de douce moquerie qui, paradoxalement, permit à Dick de rencontrer une nouvelle génération.

L’épisode où Benoît Poelvoorde, dans la série Monsieur Manatane, découpe les pieds du chanteur «fondus dans ses chaussons de rock’n’roll» fit les belles heures de Canal +. «C’est comme Antoine de Caunes et son Didier Lembrouille, ça m’a vraiment fait marrer. La banane, ça n’a jamais été le rock’n’roll. Pas plus que les santiags! J’en porte depuis que ma mère m’en a acheté une paire au surplus américain quand j’avais 13 ans. Mais pas par amour du rock! Par amour du western! C’était ça notre truc, jeunes. Sur scène, on portait des chaussures vernies et des nœuds papillon.»

Du vélo à la Cadillac

Oubliez donc le cliché, Dick vit dans le présent. Il tripote son iPhone, se réjouit d’avoir été reconnu et accueilli par la «nouvelle génération» qui a composé ses derniers disques (-M-, Mathieu Boggaerts, Mickey 3D, Joseph d’Anvers) et ricane de «ces mecs qui pensent que je dors dans un juke-box et collectionne les Cadillac. Mes boots et mes clopes, c’est tout ce que j’ai d’américain sur moi.» Au contraire, il affirme aimer la France, n’ayant jamais voulu aller vivre dans un pays qui ne le nourrit pas. «Ce serait malhonnête.» La pique chatouille Johnny sous le menton… «Eddie, Hallyday et moi sommes trois personnes complètement différentes malgré nos racines identiques. On ne se fréquente pas. On n’est pas comparables, ni au niveau de notre réseau de salles ni de nos passions. Je pense qu’Eddie est bien plus passionné actuellement par le cinéma que par la musique.

Hallyday… c’est Hallyday! Il y aura un jour de deuil national à sa mort.»

Bien vivant, Dick Rivers pense déjà au concert du lendemain. Un coup de fil à son manager pour s’assurer d’un bon restau sur la route et un coup de projecteur sur son projet en cours, cet album de reprises «à la Johnny Cash» où Rivers, vrai faux amoureux de chanson française, revisitera Léo Ferré et Alain Souchon.

Et peut-être ses amis du «métier», Cabrel et Bashung, «le mec dont j’étais le plus proche car il fut mon producteur. On a eu la même enfance, les bases américaines. Lui dans le nord, moi dans le sud. Tout est allé très vite pour nous. Je suis passé de la bicyclette à la Cadillac, du flirt innocent aux plus belles filles de Paris, de la limonade au champagne. Je n’ai pas eu d’adolescence, je dois encore la vivre: ça me garde jeune.»

Samedi à Nyon, Usine à Gaz, 21 h. Loc. www.petzi.ch et caisses

MICHEL RIME | 22.10.2009 | 00:03
 

 

 

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